ibooksonline

Gossip girl

Ça fait tellement du bien de dire du mal

DANS LA MÊME SÉRIE

1.Gossip Girl

2. Vous m’adorez, ne dites pas le contraire

3. Je veux tout, tout de suite

4. Tout le monde en parle

5. C'est pour ça qu'on l'aime

6. C'est toi que je veux

7. Je suis parfaite, et alors ?

8. Ma meilleure ennemie

9. Même pas en rêve

La médisance, ce sont des ragots que la morale rend fastidieux. Oscar Wilde

gossipgirl.net

Thèmes : précédent suivant ► envoyer une question répondre Avertissement : tous les noms de lieux, personnes et événements ont été modifiés ou abrégés afin de protéger les innocents. En l'occurrence, moi.

Salut à tous !

Vous ne vous êtes jamais demandé quel genre de vie menaient les heureux élus ? Eh bien, je vais vous le dire parce que j'en fais partie. Je ne parle pas des sublimes mannequins, acteurs, musiciens prodiges ou génies en mathématiques. Je parle des gens qui sont nés comme ça - de ceux qui ont absolument tout ce qu'ils désirent et qui trouvent cela parfaitement naturel.

Bienvenue dans l'Upper East Side, le quartier chic de New York, où mes amis et moi vivons, allons en cours, nous amusons et dormons - parfois ensemble. Nous habitons tous des appartements immenses, avec nos propres chambres, salles de bains et lignes téléphoniques. Nous avons un accès il imité à l'argent, à l'alcool et à tout ce que nous voulons. Et comme nos parents sont rarement à la maison, nous avons pas mal d'intimité. Nous sommes intelligents, avons hérité d'une beauté classique, portons des vêtements fabuleux et savons faire la fête. Notre merde pue malgré tout, mais on ne sent rien car, toutes les heures, la bonne désodorise les toilettes avec une fragrance que des parfumeurs français ont conçue spécialement pour nous.

C'est une vie de luxe mais il faux bien que quel-qu'un la vive. Nos appartements se trouvent sur la 5e Avenue, à quelques minutes à pied du Metropolitan Muséum of Art et des écoles privées non mixtes, comme Constance Bil ard, que nous fréquentons presque toutes. Même quand nous avons la gueule de bois, la 5e Avenue est magnifique lorsque le soleil matinal il umine le visage des garçons - sexy - de St. Jude's School.

Mais quelque chose de moche se trame sur les marches du musée, ça se voit de loin...

ON A VU

O avec sa mère, en train de se disputer dans un taxi devant Takashimaya. N

fumant un joint sur les marches du Met. C achetant chez Barneys de nouvelles chaussures pour aller en classe. Et une grande blonde à la beauté

surnaturelle mais bien connue, descendant d'un train de New Haven à Grand Central Station. Âge approximatif : dix-sept ans. Serait-ce possible ? S est de retour.

LA FILLE QUI PART AU PENSIONNAT SE FAIT VIRER PUIS REVIENT

Oui, S est bien de retour. Ses cheveux sont plus longs et plus clairs. Ses yeux bleus sont emplis d'un profond mystère, caractéristique des secrets bien gardés. El e porte ses vieux vêtements fabuleux, à présent en lambeaux à

force d'avoir essuyé des tempêtes en Nouvelle-Angleterre. Ce matin, le rire de S résonnait

sur les marches du Met où, désormais, nous ne pourrons plus fumer notre petite cigarette ni boire de cappuccino sans la voir nous faire signe à la fenêtre de ses parents, juste en face. El e a pris l'habitude de se ronger les ongles, ce qui nous intrigue d'autant plus. Et nous avons tous beau mourir d'envie de lui demander pourquoi el e s'est fait virer de son pensionnat nous ne le ferons pas car nous aurions franchement préféré qu'elle y reste. Mais S

est bel et bien là.

Pour plus de sûreté, ouvrons l'œil I Si nous ne faisons pas attention S va se mettre nos profs dans la poche, porter cette robe dans laquelle nous ne rentrons pas, manger la dernière olive, baiser dans le lit de nos parents, renverser du Campari sur nos tapis, nous piquer nos frères et nos petits copains. En gros, nous pourrir la vie et nous faire royalement chier Je la surveil erai de près. Je nous surveil erai tous. Ça va être une année agité. Une année d'enfer. Je le sens.

Affectueusement,

Gossip girl

comme la plupart des histoires

bien croustillantes,

tout a commencé à une soirée

—J'ai regardé Nickelodeon1 toute la matinée dans ma chambre pour ne pas avoir à prendre le petit déjeuner avec eux, confia Olivia Waldorf à Kati Farkas et Isabel Coates, ses deux meil eures amies et camarades de classe à Constance Bil ard. Ma mère lui a fait une omelette. Je ne savais même pas qu'elle savait se servir d'une poêle !

Olivia replaça ses longs cheveux châtain foncé derrière ses oreil es et vida d'un trait le whisky quinze ans d'âge de sa mère du verre de cristal qu'elle tenait à la main. El e en était déjà à son deuxième verre.

— Quelles émissions as-tu regardées ? lui demanda Isabel, ôtant délicatement un cheveu sur le cardigan en cachemire noir d'Olivia.

— Qu'est-ce que ça peut faire ? rétorqua Olivia en tapant du pied. El e portait ses nouvelles ballerines noires. Très BCBG. Mais elle pouvait changer d'avis d'une seconde à l'autre et les troquer contre ses bottes pointues qui

1. Chaîne de télévision américaine pour enfants. (N.d.T.)

lui arrivaient au genou, très trashy, et la jupe métallique que sa mère détestait. Et hop, la voilà métamorphosée en minette très sexy. Très rockstar. Miaou !

— Le fait est que je suis restée enfermée dans ma chambre toute la matinée car ils n'avaient rien trouvé de mieux que de se faire le plan « petit déjeuner ultraromantique » dans leurs peignoirs de soie rouge assortis. Sans même s'être douchés !

Olivia prit une autre gorgée de whisky. Le seul moyen de supporter l'idée que sa mère puisse coucher avec cet homme était de se soûler. De se cuiter. Heureusement, Olivia et ses amis venaient de ce type de famil e pour lequel boire de l'alcool était aussi ordinaire que se moucher. Leurs parents croyaient dur comme fer à ce concept quasi européen : plus leurs gamins avaient accès à l'alcool, moins ils risquaient d'en abuser. Olivia et ses amis pouvaient donc boire tout ce qu'ils voulaient, quand ils le voulaient, tant qu'ils continuaient à avoir de bonnes notes, ne s'enlaidissaient pas et ne mettaient ni eux ni leur famil e dans l'embarras en dégobil ant en public, en se faisant pipi dessus, ou en délirant dans les rues. Et cela était valable pour tout le reste, comme le sexe ou la drogue : tant que vous sauviez les apparences, tout allait bien.

Toutefois vous ne deviez surtout pas enlever votre petite culotte avant l'heure... Mais nous y viendrons plus tard.

L'homme qui dérangeait tant Olivia, c'était Cyrus Rose, le nouveau petit copain de sa mère. En ce moment même, Cyrus accueil ait les invités du dîner à l'autre bout du séjour. Il avait tout du vendeur qui

vous aidait à choisir vos chaussures chez Saks - chauve, une petite moustache broussail euse et un gros ventre à peine dissimulé sous son costume croisé bleu électrique. Il faisait sans arrêt tinter sa monnaie dans sa poche et lorsqu'il enlevait sa veste, d'immenses auréoles répugnantes de transpiration luisaient sous ses aisselles. Il riait fort et se montrait très doux avec la mère d'Olivia. Mais il n'était pas son père. L'an dernier, le père d'Olivia s'était enfui en France avec un autre homme.

Ce n'est pas une blague. Ils vivent dans un château et exploitent un vignoble ensemble. Ce qui est plutôt cool, quand on y pense.

Naturellement, rien de cela n'était de la faute de Cyrus Rose mais Olivia s'en fichait éperdument Pour elle, Cyrus Rose était gonflant sur toute la ligne. Gros. Un loser.

Mais ce soir, Olivia devrait supporter Cyrus Rose car le dîner que donnait sa mère était en son honneur et tous les amis de la famil e Waldorf étaient venus faire sa connaissance : les Bass et leurs fils, Chuck et Donald ; M. Farkas et sa fil e, Kati; le célèbre acteur Arthur Coates, accompagné de sa femme Titi et de leurs fil es Isabel, Regina et Camil a; le capitaine et Mme Archibald, et leur fils Nate. Les seuls absents étaient M. et Mme van der Woodsen dont la fil e adolescente, Serena, et le fils, Erik, étaient tous deux au pensionnat

Les dîners de la mère d'Olivia étaient très courus et celui-ci était le premier qu'elle donnait depuis son infâme divorce. Cet été, l'appartement de grand standing des Waldorf avait été redécoré de pied en cap - et à grands frais - en bordeaux et chocolat. Il

regorgeait d’œuvres d’art et de meubles d’époque qui auraient impressionné

tout amateur d’art. Au milieu de la table de la salle à manger trônait un énorme vase en argent rempli d’orchidées blanches, de saules blancs et de branches de châtaignier – une composition florale moderne qui venait de chez Takashimaya, la boutique de produits de luxe de la 5e Avenue. Les petites cartes avec les noms des invités, posées sur des assiettes en porcelaine, étaient en feuil es d’or. Dans la cuisine, Myrtle le cuisiner chantait des chansons de Bob Marley t Esther, la bonne irlandaise maladroite, ne s’était pas encore relâchée et n’avait, Dieu merci ! pas encore renversé de whisky sur les invités.

C’était Olivia qui commençait à se relâcher en revanche. Et si Cyrus Rose n’arrêtait pas de harceler Nate, son petit copain, elle serait bien obligée d’aller les retrouver et des renverser son whisky sur ses vulgaires mocassins italiens.

- Olivia et toi sortez ensemble depuis longtemps, n’est-ce pas ? demanda Cyrus en donnant un petit coup de poing sur le bras de Nate.

Il tentait de l’aider à se dégeler quelque peu. Tous ces gosses de l’Upper East Side étaient beaucoup trop coincés.

C’était ce qu’il croyait. Il n’était pas au bout de ses surprises …

- Tu couches déjà avec elle ? poursuivit Cyrus.

Nate devant encore plus cramoisi que le tissu d’ameublement de la chaise française XVIIIe siècle qui se trouvait à côté de lui.

- Eh bien, nous nous connaissons pratiquement depuis notre naissance, bégaya-t-il, mais nous ne

sortons ensemble que depuis disons un an. Nous ne voulons pas tout gâcher en, comment dire, précipitant les choses.

Nate se contentait de ressortir le baratin que lui servait systématiquement Olivia quand il lui demandait si elle était prête à le faire ou non. Mais il parlait au petit ami de la mère de sa petite copine ! Qu’était-il censé dire ? « Mec, si ça ne tenait qu'à moi, on serait en train de s'envoyer en l'air en ce moment même ! »?

— Tout à fait, répondit Cyrus Rose.

Il serra l’épaule de Nate avec sa main grassouil ette.il portait au poignet un de ces bracelet-montre Cartier en or qu'une fois mis vous n'enleviez jamais

— très à la mode dans les années quatre-vingt et plus autant aujourd’hui, à

moins que vous ne croyiez vraiment au retour en force des années quatrevingt. Euh...

- Laisse-moi le donner un conseil, dit Cyrus à Nate, comme si celui-ci avait le choix. N'écoute pas ce que disent les fil es. elles aiment les surprises. El es veulent que tu rendes les choses intéressantes. Tu vois ce que je veux dire ?

Nate hocha la tête, sourcils froncés. Il essaya de se souvenir de la dernière fois où il avait surpris Olivia. La seule chose qui lui vint à l’esprit fut le jour où

il lui avait apporté un cornet de glace quand il était

Al er la chercher à son cours de tennis. C'était il y a plus d’un mois, et pour une surprise, elle était franchement nulle. À ce rythme, Olivia et lui ne risquaient pas de coucher ensemble...

Nate était de ces garçons que vous remarquiez

forcément et, quand vous les regardiez, vous saviez ce qu'ils pensaient : «

Cette fil e ne peut pas me quitter des yeux tellement je suis sexy ! » Mais si Nate disait cela, ce n'était pas du tout par vanité. Il ne pouvait s'empêcher d'être sexy, il était né comme ça, voilà tout-Pauvre de lui !

Ce soir-là, Nate portait le pull coi en V en cachemire vert mousse qu’Olivia lui avait offert à Pâques l’an dernier lorsque son père les avait emmené skier une semaine à Sun Valley. En cachette, Olivia avait cousu un minuscule pendentif en or en forme de cœur à l’intérieur d'une manche pour que Nate garde toujours son cœur comte lui. Olivia aimait se dire qu'elle était une incorrigible romantique, dans le style des actrices de cinéma de l’ancienne génération, telles que Audrey Hepburn et Marilyn Monroe. El e n'était jamais à court de procédés narratifs pour le film dans lequel el e avait la vedette en ce moment, le film qu’était sa vie.

« Je t’aime », avait dit Olivia à Nate. Le souffle coupé, en lui offrant le pull.

« Moi aussi », lui avait répondu Nate, sans être tout à fait sûr que ce fut la vérité.

Quand il avait enfilé le pull, il était tellement beau qu'Olivia avait eu envie de hurler et de lui arracher tous ses vêtements. Mais hurler dans l’ardeur du moment n’était pas très ragoutant – davantage « fil e-qui-se-fait-des-mecs »

que femme fatale. Olivia s’était donc tue, s’efforçant de rester fragile, tel un petit oisil on dans les bras de Nate. Ils s’étaient longuement ambrasses, les joues à la fois chaudes et froides pour avoir passé les journées sur les pistes de ski. Nate avait enroulé ses doigts dans la chevelure

d’Olivia et l’avait fait s'allonger sur le lit de la chambre d’hôtel. Olivia avait mis ses bras au-dessus de sa tête et laissé Nate commencer à la déshabil er jusqu’à ce qu’elle comprenne où tout cela allait les mener. Mais ce n’était pas un film après tout, c'était la réalité. Donc comme une gentil e fil e, elle s'était assise sur le lit et avait sommé Nate d'arrêter.

Et el e n’avait pas cessé de le lui demander jusqu'à aujourd’hui. Voilà

deux soirs, Nate était passé la voir après une fête, une flasque de brandy à

moitié vide à Ia main, et l’avait allongée sur son lit, en murmurant : « j’ai envie de toi, Olivia. » Une fois de plus, Olivia avait eu envie de hurler et de lui sauter dessus mais elle avait résisté, Nate s'était endormi, ronflant comme un bienheureux et Olivia, étendue à côté de lui, imaginait que Nate et elle jouaient dans un film dans lequel ils étaient mariés, qu'il avait un problème d’alcool mais qu’elle le soutiendrait et l'aimerait toute sa vie, même s’il mouil ait occasionnellement le lit.

Olivia n’était pas une allumeuse ; elle n'était pas prête, voila tout. Nate et elle s'étaient à peine vus de l’été car elle était al ée effectuer un stage de tennis dans un horrible camp de Caroline du Nord et Nate était parti faire du bateau avec son père sur la côte du Maine. Olivia voulait être sûre que, après avoir été séparé tout l’été, ils s'aimaient plus que jamais. El e avait voulu attendre son dix-septième anniversaire le mois prochain pour coucher avec lui.

Mais à présent, elle en avait marre d'attendre.

Nate était plus beau que jamais. Son pull vert mettait en valeur ses yeux vert foncé pétil ants, et ses cheveux ondulés étaient parsemés de mèches blond doré pour avoir passé l’été sur l'océan. Et voilà comment Olivia avait compris qu’elle était prête, c’était aussi simple que cela. El e prit une autre gorgée de son whisky. Oh que oui, el e était bel et bien prête.

une heure de sexe vous fait brûler 360 calories

— De quoi parlez-vous, vous deux ? demanda la mère d'Olivia en s'approchant furtivement de Nate et en serrant affectueusement la main de Cyrus.

De sexe, répondit Cyrus, en lui déposant un baiser mouil é sur l’oreil e. Beurk!

— Oh ! s'écria Eleanor Waldorf d'une voix perçante en tapotant sa coupe au carré blond fadasse.

La mère d'Olivia portait la robe en cachemire ajustée, ornée de perles graphite, que sa fil e l'avait aidée à choisir chez Armani, ainsi que des petites mules de velours noir. Il y a un an, elle n'aurait pas pu rentrer dans cette robe mais elle avait perdu neuf kilos depuis qu'elle avait rencontré Cyrus. El e était superbe. C'était ce que tout le monde pensait.

« En effet, die a l'air plus mince », murmura Mme Bass à Mme Coates. «

Mais je parie qu'elle s’est fait tirer le menton. »

«Je suis sûre que tu as raison. El e s'est laissé pousser les cheveux. C'est un signe ! Ça cache les cicatrices », chuchota Mme Coates en retour. La mère d'Olivia et Cyrus Rose faisaient l'objet de

commérages dans toute la pièce. D'après ce que la jeune fil e entendait, les amies de sa mère ressentaient exactement la même chose qu'elle, sauf qu'elles n'employaient pas précisément de mots tels que « gonflant, gros ou loser ».

— Je sens Old Spice, marmonna Mme Coates à Mme Archibald. Tu crois qu'il porte vraiment Old Spice comme parfum ?

Ce serait l'équivalent masculin du déodorant Impulse pour femmes, ce qui, comme tout le monde le sait, signifiait « sentir mauvais » chez les femmes.

— Je ne suis pas sûre, répondit Mme Archibald à voix basse. Mais il en serait bien capable.

El e attrapa un rouleau de printemps au saumon et aux câpres sur le plateau d'Esther, le fourra dans sa bouche et le mâcha vigoureusement, refusant d'ajouter quoi que ce soit. El e ne pouvait supporter qu'Eleanor Waldorf pût les entendre. C'était marrant de commérer et de papoter, mais pas au détriment d'une vieil e amie.

« Conneries ! » aurait rétorqué Olivia si elle avait pu entendre les pensées de Mme Archibald. « Hypocrite ! » Tous ces gens n'étaient que d'affreuses langues de vipère. Et tant qu'à faire, si vous deviez déblatérer, pourquoi ne pas en profiter à fond ?

À l'autre bout de la pièce, Cyrus attrapait le bras d'Eleanor et l'embrassait sur les lèvres devant tout le monde. Olivia se détourna de la vue dégoûtante de sa mère et de Cyrus se bécotant comme deux adolescents énamourés et préféra regarder la 5e Avenue et Central Park par la baie vitrée. Le feuil age d'automne était en feu. Un cycliste solitaire sortit de l'entrée du parc de la 72e Rue et s'arrêta devant un

vendeur de hot dogs au coin pour acheter une bouteil e d'eau. El e n'avait jamais remarqué le vendeur de hot dogs auparavant et se demanda s'il s'était toujours tenu au même endroit ou s'il venait juste d'arriver. C'était bizarre tout ce que vous pouviez louper alors que vous passiez devant tous les jours. Olivia eut brusquement très faim et elle savait parfaitement ce qu'elle voulait. Un hot dog. El e en voulait un tout de suite - un hot dog Sabrette brûlant, avec de la moutarde, du ketchup, des oignons et de la choucroute - elle n'en ferait qu'une bouchée puis roterait au visage de sa mère. Si Cyrus pouvait enfoncer sa langue dans la gorge de sa mère devant tous ses amis, alors el e pouvait manger un hot dog à la con.

Je reviens de suite, lança-t-elle à Kati et Isabel. El e se retourna brusquement et traversa la pièce jusqu'au hall d'entrée.

El e mettrait son manteau, sortirait, achèterait un hot dog au vendeur, n'en ferait qu'une bouchée, remonterait, roterait au visage de sa mère, boirait un autre verre, puis coucherait avec Nate.

Où vas-tu ? lui cria Kati.

Mais la jeune fil e ne s'arrêta pas, elle se dirigea droit vers la porte. Nate vit Olivia s'en aller et se débarrassa juste à temps de Cyrus et de Mme Waldorf.

Olivia ? fit-il. Qu'est-ce qui se passe ? Olivia s'arrêta et plongea son regard dans les yeux verts sexy de Nate. Ils bril aient comme les émeraudes des boutons de manchette que son père portait avec son smoking quand il allait à l'opéra.

Il porte ton cœur dans sa manche, se rappela-t-elle,

oubliant complètement le hot dog. Dans le film de sa vie, Nate la prendrait dans ses bras, l'emmènerait dans la chambre et la violerait. Mais c'était la vraie vie, malheureusement.

— Il faut que je te parle. (El e lui tendit son verre.) Tu me ressers d'abord ?

El e le conduisit vers le petit bar recouvert de marbre près des grandes portes-fenêtres qui donnaient dans la salle à manger. Nate leur servit à

chacun une grande rasade de whisky puis ils revinrent dans le séjour.

— Hé, où allez-vous, vous deux ? leur demanda Chuck Bass quand ils passèrent devant lui.

Il haussa les sourcils, les lorgnant de façon suggestive.

Olivia regarda Chuck en levant les yeux au ciel et continua à marcher tout en buvant. Nate lui emboîta le pas, ignorant totalement Chuck.

Chuck Bass, le fils aîné de Misty et Bartholomew Bass, était beau, aussi beau qu'un mannequin qui pose pour des publicités d'après-rasage. En effet, il avait fait des photos pour la campagne britannique de Drakkar Noir, à la consternation publique de ses parents - qui, au fond d'eux, étaient extrêmement fiers, soit dit en passant.

Chuck était aussi le garçon le plus chaud de la bande d'Olivia et Nate. Une fois, lors d'une soirée, quand ils étaient en troisième, Chuck s'était caché

dans le placard d'une chambre d'amis pendant deux heures, attendant l'occasion de se jeter sur Kati Farkas, tellement soûle qu'elle n'arrêtait pas de vomir dans son sommeil. Chuck s'en fichait royalement. Il

avait couché avec elle. Il restait complètement inébranlable quand il s'agissait des fil es.

La seule façon de s'y prendre avec un type comme Chuck était de lui rire au nez, ce que faisaient justement toutes les fil es qui le connaissaient. Dans d'autres milieux, Chuck se serait fait virer comme une ordure de première mais cela faisait des générations que ces famil es étaient amies. Chuck était un Bass et ils devaient donc se le coltiner. Ils s'étaient même habitués à sa bague en or rose monogrammée, à son écharpe en cachemire bleu marine monogrammée, et aux portraits de lui qui recouvraient les murs des nombreux appartements et maisons de ses parents et qui débordaient de son casier à l'École secondaire privée de garçons de Riverside.

— N'oubliez pas ! Sortez couverts ! hurla Chuck en levant son verre à

Olivia et Nate qui descendaient le long couloir au tapis rouge, direction la chambre de la jeune fil e.

Olivia tourna la poignée de porte en verre, surprenant Kitty Minky, son chat bleu russe lové sur son dessus-de-lit de soie rouge. El e s'arrêta sur le pas de la porte, s'appuya à Nate, collant son corps au sien, et lui prit la main. À cet instant, les espoirs de Nate reprirent du poil de la bête. Olivia était sensuelle et sexy. Est-ce que... ? Quelque chose allait-il se passer ?

Olivia serra la main de Nate et l'entraîna dans sa chambre. Ils avancèrent en trébuchant, tombèrent sur le lit et renversèrent leurs boissons sur le tapis en mohair. Olivia gloussa ; tout le whisky qu'elle avait descendu lui était monté à la tête.

Je vais coucher avec Nate, se dit-elle, tout étourdie.

Ensuite, ils auraient tous les deux leur bac en juin, entreraient à Yale à

l'automne, se marieraient en grande pompe quatre ans plus tard, trouveraient un sublime appartement sur Park Avenue, le décoreraient avec du velours, de la soie et de la fourrure et feraient l'amour dans toutes les pièces, tour à

tour.

D'un seul coup, la voix de la mère d'Olivia résonna, bien distinctement dans le couloir :

— Serena van der Woodsen ! Quelle charmante surprise !

Nate lâcha la main d'Olivia et se raidit comme un soldat au garde-à-vous. Olivia s'assit difficilement au bout du lit, posa son verre par terre et s'agrippa bien fort au dessus-de-lit.

El e leva les yeux vers Nate.

Mais Nate était déjà en train de s'en aller, de redescendre le couloir à

grandes enjambées pour voir si cela pouvait raisonnablement être vrai. Serena van der Woodsen était-elle vraiment de retour ?

Le film de la vie d'Olivia avait brusquement pris un tournant tragique. El e étreignit son estomac, en proie à une nouvelle fringale.

El e aurait dû aller chercher son hot dog après tout.

S est de retour !

— Bonjour, bonjour, bonjour ! gazouil ait la mère d’Olivia,

embrassant les joues douces et creuses de chaque membre de la famil e van der Woodsen.

Smack, smack, smack, smack, smack !

— Je sais que tu ne t'attendais pas à voir Serena, ma chérie, murmura Mme van der Woodsen d'un ton inquiet, en confidence. J’espère que ça ne te pose pas de problème?

—Bien sûr que non. Tout va bien, répondit Mme Waldorf. Es-tu rentrée pour le week-end, Serena?

Serena van der Woodsen secoua la tête et tendit son Burberry vintage à

Esther, la bonne. El e repoussa délicatement une mèche blonde derrière son oreil e et sourit à son hôtesse.

Lorsque Serena souriait, c'était avec ses yeux - ses yeux bleu foncé, presque bleu marine. C'était le genre de sourire que vous essayez d'imiter en posant devant le miroir de votre salle de bains comme une idiote. Un sourire magnétique et délicieux qui disait : « vous n’arrivez pas à me quitter des yeux n’est-ce pas ? », que les tops models mettaient des

années à perfectionner. Eh bien, Serena avait ce genre de sourire sans produire le moindre effort.

— Non, je suis là pour... commença Serena.

Sa mère s'empressa de l'interrompre :

— Serena a décidé que le pensionnat n'était pas pour elle, lança-t-elle en tapotant négligemment ses cheveux, comme si cela n'avait rien de grave. El e incarnait la coolitude absolue à l'âge mûr.

Toute la famil e van der Woodsen était comme ça. Ils étaient grands, minces, supercalmes et posés et quoi qu'ils fassent - jouer au tennis, héler un taxi, manger des spaghettis, aller aux toilettes -, ils ne perdaient jamais leur coolitude. Surtout Serena. El e était douée de cette sérénité qui ne s'acquiert pas en achetant le bon sac à main ou la bonne paire de jeans. El e était la fil e que tous les garçons désiraient et que toutes les fil es désiraient être.

— Serena reviendra à Constance demain, fit M. van der Woodsen, dardant sur sa fil e son regard bleu acier dans un mélange de fierté et de désapprobation, digne d'un vieux sage, qui le rendait plus effrayant qu'il ne l'était en réalité.

— Bien, Serena. Tu es splendide, ma chérie ! Olivia sera aux anges de te revoir, roucoula Mme Waldorf.

— Vous pouvez parler ! dit Serena en l'étreignant. Regardez comme vous êtes mince ! Et la maison est fantastique ! Waouh ! Vous avez des œuvres d'art géniales !

Mme Waldorf sourit, visiblement aux anges, et passa son bras autour de la tail e fine et élancée de Serena.

— Chérie, j'aimerais te présenter mon petit ami, Cyrus Rose, dit-elle. Cyrus, voici Serena. — Superbe ! tonna Cyrus Rose. (Il embrasse Serena sur les deux joues et la serra d’un peu trop près.) Quel plaisir de la serrer dans ses bras ! ajouta-t-il en tapotant la hanche de Serena. Serena partit d’un rire idiot mais ne broncha pas.

El e avait bien passé du temps en Europe des deux dernières années et étaient habituée à ce que des tripoteurs européens pas bien méchants mais excités ma trouve parfaitement irrésistible et l’étreignent. El e était un super aimant à tripoteur.

Serena et Olivia sont les meil eures, meil eures, meil eures amies du monde, expliqua Eleanor Waldorf à Cyrus. Mais Serena est partie à

l’Hanover Academy en première et a voyagé tout l’été. Ça a été si dur pour la pauvre Olivia que tu ne sois pas là l’an dernier, Serena ! poursuivit Eleanor, les yeux embués. Surtout avec le divorce. Mais tu es de retour maintenant. Olivia sera tellement ravie !

Où est-elle ? demanda Serena, impatiente.

Sa peau claire et parfaite rosissait à la perspective de revoir sa vieil e amie. El e se mit sur la pointe des pieds et tendit le cou pour chercher Olivia. Mais elle constata vite qu’elle n’était entourée que des parents — les Archibald, les Coates, les Bass et M. Farkas — qui tour à tour, l’embrassèrent pour lui souhaiter la bienvenue.

Serena les étreignit avec joie. Ces gens étaient son chez-elle et elle était partie depuis tellement longtemps ! El e avait hâte que la vie reprenne son cours. Olivia et elles se rendraient à pied au lycée, passeraient le cours de photo à Sheep Meadow dans Central Park, s’étendraient sur le dos, photographieraient les pigeons et les nuages, fumeraient, boiraient du Coca, Et se prendraient pour des artistes pures et dures. El es fréquenteraient de nouveau les cocktails du Star Lounge au Tribeca Star Hôtel qui se transformaient immanquablement en découcheries car elles seraient trop soûles pour rentrer chez elles et passeraient la nuit dans la suite que possédait la famil e de Chuck Bass à l’hôtel. El es s'assiéraient sur le lit à

baldaquin d’ Olivia et regarderaient les films d'Audrey Hepburn, portant de la lingerie d'époque et buvant du gin-fizz. Elles tricheraient à leurs contrôles de latin comme elles l'avaient toujours fait - amo, amas, amat était encore tatoué

au marqueur indélébile à l'intérieur du coude de Serena -, merci, mon Dieu, d'avoir inventé les manches trois quarts ! El es se rendraient dans la propriété

des parents de Serena à Ridgefield, Connecticut, dans le vieux break Buick du gardien, chanteraient les hymnes stupides qu'elles apprenaient à l'école et se comporteraient comme des petites vieil es qui ont perdu la tête. El es pisseraient dans l'escalier de l'entrée des bâtiments de grès brun de leurs camarades de lycée puis sonneraient aux portes et s'enfuiraient en courant. El es emmèneraient Tyler, le petit frère d'Olivia, dans le Lower East Side et l'y abandonneraient pour voir combien de temps il mettrait pour retrouver son chemin et rentrer chez lui - une œuvre de charité, vraiment, dans la mesure où Tyler était devenu le garçon le plus débrouil ard de St. George. El es iraient danser en bande et perdraient quatre kilos à force de transpirer dans leurs pantalons de cuir.

Comme si elles avaient besoin de perdre du poids.

El es redeviendraient elles-mêmes, fabuleuses, exactement comme avant. Serena avait hâte.

— J't'ai apporté à boire, dit Chuck, se frayant un chemin à coups de coude à travers les petits groupes de parents.

Il l'embrassa sur la joue mais la loupa délibérément de telle sorte que ses lèvres atterrirent directement sur sa bouche.

— Tu n'as pas changé, dit Serena en acceptant son verre. (El e en but une longue gorgée.) Alors, je t'ai manqué ?

— Si tu m'as manqué ? La question est : est-ce que je t'ai manqué ?

rétorqua Chuck. Al ez, ma belle, raconte-moi tout ! Qu'est-ce que tu fais ici ?

Qu'est-ce qui s'est passé ? Tu as un petit copain ?

— Oh, allez, Chuck, fit Serena en lui serrant affectueusement la main. Tu sais que je suis revenue parce que j'avais envie de toi. J'ai toujours eu envie de toi.

Chuck recula d'un pas et s'éclaircit la gorge, le visage cramoisi. El e avait réussi à le prendre au dépourvu, et c'était une bril ante prouesse.

— Eh bien, je suis pris ce mois-ci mais je peux te mettre sur ma liste d'attente, répliqua Chuck de mauvaise humeur, essayant de retrouver son sang-froid.

Mais Serena ne l'écoutait plus. Ses yeux bleu foncé passaient la pièce en revue, cherchant les deux per-I sonnes qu'elle souhaitait le plus revoir : Olivia et Nate.

Enfin, Serena les trouva. Nate se tenait dans l'embrasure de la porte d'entrée et Olivia était juste derrière lui, la tête penchée, tripotant les boutons de son cardigan noir. Nate regardait ouvertement Serena lorsque son regard croisa le sien, il se mordit la lèvre

inférieure comme il le faisait toujours quand il était gêné. Puis il lui sourit. Ce sourire. Ces yeux. Ce visage.

— Viens ici, lui dit Serena silencieusement, en agitant la main. Son cœur s'emballa lorsqu'il commença à avancer vers elle. Il était plus beau que dans ses souvenirs, beaucoup plus beau.

Le cœur de Nate battait encore plus vite que le sien.

— Salut, toi, souffla Serena quand Nate la serra dans ses bras. Il avait toujours la même odeur. Celle du garçon le plus clean, le plus délicieux au monde. Des larmes lui vinrent aux yeux et el e colla son visage contre la poitrine de Nate. Ça y était, elle était vraiment chez elle. Les joues du jeune homme rosirent. Calme-toi, se dit-il. Mais il ne pouvait se calmer. Il avait envie de la soulever dans ses bras, de la faire tournoyer et d'embrasser son visage encore et encore et encore. I Je t'aime ! » voulait-il hurler mais il se retint. Il ne pouvait pas faire ça.

Nate était le fils unique d'un capitaine de la marine et d'une aristocrate française. Son père était un grand officier, extrêmement beau, mais peu prodigue côté câlins. Sa mère était tout le contraire, toujours en train de flatter Nate et encline à des débordements émotionnels pendant lesquels elle s'enfermait dans sa chambre avec une bouteil e de Champagne et appelait sa sœur sur son yacht à Monaco. Le pauvre Nate était toujours à deux doigts de dire ce qu'il ressentait mais il ne voulait pas faire de scène ni dire quelque chose qu'il risquerait de regretter plus tard. Il se taisait et laissait donc Ie soin à d'autres de mener la barque pendant qu’il se laissait bercer par les vagues. Il avait beau passer pour un tombeur, en réalité, c'était un grand faible.

— Alors qu’est-ce que tu as fabriqué ? demanda Nate à Serena en essayant de respirer normalement.

Tu nous as manqué.

Vous avez remarqué qu'il n'a même pas eu le courage de dire « Tu m'as manqué » ?

— Qu'est-ce que j'ai fabriqué ? répéta Serena. (El e gloussa.) Si tu savais, Nate ! J'ai été vilaine, tellement vilaine.

Nate serra les poings involontairement. Comme elle lui avait manqué !

Rejeté comme à l'accoutumée, Chuck s'éloigna furtivement de Serena et Nate et traversa la pièce jusqu'à Olivia qui se trouvait évidemment en compagnie d’ lsabel et Kati.

—Un mil ier de dollars qu'elle s'est fait virer ! leur lança Chuck. Et vous ne trouvez pas qu'elle a l'air naze ? Je crois qu'elle est complètement défoncée. Si ça se trouve, elle s'est retrouvée embarquée dans une espèce de réseau de prostitution là-bas ! La joyeuse tenancière du bordel de l'Hanover Academy, ajouta-t-il en riant de sa blague idiote.

— Moi aussi je trouve qu'elle a l'air défoncée! renchérit Kati. Peut-être qu'elle est sous héroïne.

— Ou des médicaments sur ordonnance», suggéra Isabel Vous savez, des trucs comme le Valium ou le Prozac ? Peut-être qu'elle est devenue complètement folle.

El e a peut-être fabriqué sa propre ecstasy, acquiesça Kati, elle a toujours été bonne en sciences.

— J’ai entendu dire qu'elle participait à une espèce de culte, lança Chuck. Genre, on lui a fait un lavage de cerveau et maintenant, elle ne pense plus qu’au sexe et ne peut plus s'en passer.

Quand le dîner sera-t-il prêt ? se demanda Olivia, jasant la sourde oreil e aux spéculations sordides de ses amis.

El e avait oublié comme les cheveux de Serena étaient beaux. Comme sa peau était parfaite. Comme ses Jambes étaient longues et minces. Comment étaient les yeux de Nate quand il la regardait - comme s’il refusait de cligner des yeux. Il ne la regardait jamais de cette manière.

— Hé, Olivia, Serena a dû te dire qu'elle revenait, fit Chuck Al ez, dis-nous tout. C'est quoi cette histoire?

Olivia le fixa d'un air absent, son petit visage de félin virant au rouge. La vérité, c'était que cela faisait plus d'un an qu'elle n'avait pas parlé à Serena. Au début, lorsque son amie était partie au pensionnat à| l'issue de leur année de seconde, elle avait vraiment manqué à Olivia. Mais bien vite elle s'était rendue à l'évidence : il était beaucoup plus facile de bril er sans Serena. D'un seul coup, Olivia était la fil e la plus belle, la plus intelligente, la plus branchée, la plus dans le vent. Elle devint celle que tout le monde regardait. Et Serena ne manqua donc plus autant à Olivia. El e culpabilisa légèrement de ne pas rester en contact, mais même sa mauvaise conscience se dissipa lorsqu'elle reçut les e-mails impersonnels etdésinvoltes de Serena lui racontant combien elle s’éclatait au pensionnat.

« suis al ée dans le Vermont en stop pour faire du snowboard et ai dansé toute la nuit avec les mecs les plus sexy ! »

« nuit de folie, la nuit dernière ! Zut, j’ai mal à a tête ! »

Les dernières nouvelles qu’Olivia avait reçues tenaient sur une carte postale qu’elle lui avait envoyée l’été dernier :

« Olivia, j’ai eu dix-sept ans le 14 juil et. La France swingue !! Tu me manques !!! Affectueusement, Serena. »

C’était tout ce qu’elle disait.

Olivia avait fourré la carte postale dans sa vieil e boîte à chaussures Fendi avec tous les autres souvenirs de leur amitié. Une amitié qu’elle chériraitn toujours mais qui, pour elle, était erminée jusqu’à aujourd’hui. Serena était de retour. La boîte à chaussures allait se ouvrir et tout redeviendrait comme avant son départ. Comme toujours, ce serait Serena et Olivia, Olivia et Serena, meil eures amies au monde, avec Olivia dans le rôle de la copine plus petite, plus grosse, plus effacée et moins spirituelle que la super blonde, Serena van der Woodsen.

Oh non, pas si Olivia pouvait l’éviter.

—Tu dois être tout excitée que Seran soit de retour ! pépia Isabel. (Mais lorsqu’elle vite l’expression du visage d’Olivia, elle changea de disque.) Bien sûr, Constance l’a reprise. C’est typique. Ils sont tous prêts à tout pour ne perdre aucun d’entre nous. (Isabel baissa la voix.) J’ai entendu dire qu’au printemps

dernier, Serena traînait avec un mec du New Hampshire. El e s'est fait avorter, ajouta-t-elle.

— Je parie que ce n’était pas la première fois de toute façon, renchérit Chuck-Regardez-la !

Et ils la regardèrent. Tous les quatre observèrent Serena qui discutait toujours allègrement avec Nate. Chuck voyait la fil e avec qui il voulait coucher depuis le jour où il se rappelait avoir voulu coucher avec des fil es - depuis le CP, peut-être ? Kati voyait la fil e qu'elle copiait depuis qu'elle avait commencé à s'acheter elle-même ses propres vêtements - le CE2, peutêtre ? Isabel voyait la fil e qui s'était transformée en ange avec des ailes en vraies plumes au spectacle de Noël de l'Église du Repos Céleste, tandis qu'elle-même n'était qu'un modeste berger et devait porter un sac en toile de jute. CE2, elle aussi. Kati et Isabel voyaient toutes les deux la fil e qui leur volerait inévitablement Olivia et les laisserait en tête à tête, perspective pour le moins déprimante. Et Olivia voyait Serena, sa meil eure amie, la fil e qu'elle aimerait et détesterait toujours. La fil e à la chevil e de laquelle elle n'arriverait jamais et qu'elle avait eu tant de mal à remplacer. La fil e qu'elle voulait que tout le monde oublie.

L'espace de dix secondes environ, elle envisagea de dire la vérité à ses amis. El e n'était pas au courant du retour de Serena. Mais de quoi aurait-elle l'air ? Olivia était censée être au courant de tout, de quoi aurait-elle l'air si elle reconnaissait ne rien savoir du retour de Serena, alors que ses amis semblaient déjà bien informés ? El e ne pouvait pas non plus rester là à ne rien dire. Ce serait trop flagrant El e avait toujours quelque chose à dire. De plus, qui voulait

entendre la vérité quand la vérité était si incroyable I ment ennuyeuse ? Olivia vivait pour le drame. Une occasion en or se présentait.

El e s'éclaircit la gorge.

— Tout cela s'est passé si... soudainement, dit-t elle d'un ton mystérieux. El e baissa les yeux et tripota le petit rubis au majeur de sa main droite. Le film tournait et Olivia commençait à s'échauffer.

— Je pense que tout ça a vraiment traumatisé Serena. Mais je lui ai promis de ne rien dire, ajouta-t-elle.

Ses amis hochèrent la tête comme s'ils comprenaient parfaitement ce qu'elle voulait dire. Ça avait I l'air grave et bien croustil ant et, cerise sur le gâteau, ça donnait l'impression que Serena s'était entièrement confiée à

Olivia. Si Olivia pouvait écrire le reste du film, elle finirait avec le héros et Serena jouerait Ie rôle de la fil e qui tombe de la falaise et se fracasse Ie crâne sur un rocher avant d'être dévorée vivante par des vautours affamés, et on ne la reverrait plus jamais.

— Attention, Olivia, l'avertit Chuck, en désignant d'un signe de tête Nate et Serena qui continuaient à I discuter à voix basse près du petit bar et à se manger des yeux. On dirait que Serena a déjà trouvé sa prochaine victime.

S et n

Serena tenait lâchement la main de Nate dans la sienne et la balançait d'avant en arrière.

— Tu te souviens de Nu-comme-un-ver? lui demanda-t-elle en riant doucement.

Nate pouffa, encore embarrassé, même après toutes ces années. Nucomme-un-ver était son alter ego, imaginé lors d'une soirée de quatrième, au cours de laquelle la majorité d'entre eux avaient pris leur toute première cuite. Après avoir bu six bières, Nate avait enlevé sa chemise et Serena et Olivia avaient dessiné au marqueur noir un visage niais aux dents sur son torse. Pour une raison quelconque, ce visage avait rendu Nate fou et il avait lancé

une espèce de jeu-beuverie. Tout le monde s'était assis en cercle, au milieu duquel il s'était placé avec un manuel de latin, hurlant des verbes aux autres pour qu'ils les conjuguent. Le premier à se planter devait boire et embrasser Nu-comme-un-ver. Évidemment, ils se trompèrent tous, les garçons comme les fil es, et Nu-comme-un-ver fut fort sollicité ce soir-là. Le lendemain matin, Nate tenta de faire comme si de rien n'était mais la preuve était imprimée dans sa chair. Il

avait fallu des semaines pour faire disparaître Nu-comme-un-ver sous la douche.

— Et la mer Rouge ? poursuivit Serena.

El e scruta le visage de Nate. Aucun des deux ne souriait à présent.

— La mer Rouge, répéta Nate, se noyant dans les profonds lacs bleus de ses yeux.

Bien sûr qu'il se souvenait. Comment oublier ?

En un chaud week-end d'août, l'été suivant leur I année de seconde, Nate s'était rendu en vil e avec son père tandis que le reste de la famil e Archibald était resté dans le Maine. Serena se trouvait dans sa maison de campagne à Ridgefield, Connecticut, et s'ennuyât tellement qu'elle avait verni chacun de ses ongles dans une couleur différente. Olivia passait quelques jours au château des Waldorf à Geneagles, en Ecosse; pour le mariage de sa tante. Mais cela n'avait pas empêché ses deux meil eurs amis de s'éclater sans elle. Lorsque Nate l'avait appelée, Serena avait immédiatement sauté dans le train de New Haven, direction Grand Central Station.

Nate l'avait retrouvée sur le quai. El e était descendue du train vêtue d'une robe de soie bleue et chaussée de tongs en plastique rose. Ses cheveux blonds étaient détachés et effleuraient ses épaules nues. El e ne portait pas de sac, ni même de portefeuil e ou de clés. Nate avait eu l'impression de voir un ange. Quelle chance il avait ! La vie ne pouvait être plus belle que lorsque Serena avait descendu le quai en tongs, s'était jetée à son cou et l'avait embrasé sur les lèvres. Ce merveil eux baiser surprise.

Ils avaient d'abord pris un martini au petit bar à

l'étage près de l'entrée de la gare située sur Vander bilt Avenue. Puis ils avaient sauté dans un taxi sur Park Avenue pour se rendre directement dans l'hôtel particulier de Nate sur la 82e Rue. Son père divertissait des banquiers étrangers et ne rentrerait pas de sitôt; Serena et Nate avaient donc la maison rien qu'à eux. Curieusement, c'était la toute première fois qu'ils se retrouvaient en tête à tête.

Ils ne perdirent pas de temps pour s'en rendre compte.

Ils s'assirent dans le jardin, burent de la bière et fumèrent des cigarettes. Nate portait un polo à manches longues et, comme il faisait extrêmement chaud, il décida de l'enlever. Ses épaules étaient parsemées de minuscules taches de rousseur et son dos, musclé et bronzé à force d'avoir passé des heures sur les docks à construire un voilier avec son père dans le Maine. Serena aussi avait chaud et grimpa dans la fontaine. El e s'assit sur les genoux de la statue en marbre de la Vénus de Milo et s'éclaboussa d'eau jusqu'à ce que sa robe fût trempée.

Il n'était pas difficile de voir qui était la véritable déesse. La Vénus n'était qu'un tas de marbre plein de bourrelets, comparée à Serena. Nate se hissa non sans mal dans la fontaine, rejoignit Serena et ils ne tardèrent pas à

s'arracher les vêtements qu'il leur restait. C'était le mois d'août après tout Le seul moyen de supporter la canicule en vil e au mois d'août était de se déshabil er.

Les caméras de sécurité qui fonctionnaient vingt-quatre heures sur vingtquatre dans la résidence de ses parents, tant devant que derrière, inquiétèrent Nate et il emmena Serena à l'intérieur de la maison dans la chambre de ses parents.

Le reste appartient à l'histoire.

C'était leur première fois à tous les deux. C'était délicat, douloureux, excitant, marrant et si doux qu'ils oublièrent d'être gênés. C'était exactement comme vous aimeriez que se déroule votre première fois ; et ils n'eurent aucun regret. Après, ils allumèrent la télévision, réglée sur la chaîne «

histoire » qui passait un documentaire sur la mer Rouge. Serena et Nate étaient allongés au lit, dans les bras l'un de l'autre, et regardaient les nuages par la lucarne au-dessus de leur tête tout en écoutant le présentateur de l'émission parler de Moïse qui avait ouvert la mer Rouge.

Serena trouva cela hilarant

— Tu as ouvert ma mer Rouge ! hurla-t-elle en engageant une batail e de polochons avec Nate.

Nate rit et l'enroula dans les draps comme une momie.

— Et maintenant, je vais te laisser ici en sacrifiera à la Terre sainte, dit-il d'une voix grave, digne d'un film d'horreur.

Et il la laissa en effet, en tout cas pour un petit moment. Il se leva et commanda un énorme festin à base de plats chinois et de mauvais vin blanc puis ils se remirent au lit, mangèrent, burent et il rouvrit sa mer Rouge avant que le ciel ne s'assombrisse et que les étoiles ne scintil ent dans le ciel. Une semaine plus tard, Serena partit à l'Hanover Academy tandis qu'Olivia et Nate restèrent à New York. Depuis, Serena avait passé toutes ses vacances

en vadrouil e - les Alpes autrichiennes à Noël, la République dominicaine à

Pâques, et l'Europe en été. C'était la première fois qu'elle était de retour, la première fois que Nate et elle se revoyaient depuis le partage de la mer Rouge.

— Olivia n'est pas au courant, n'est-ce pas ? demanda Serena à Nate d'un ton calme.

Olivia qui ? songea Nate, momentanément amnésique. Il secoua la tête.

— Non, répondit-il. Si tu ne lui as rien dit, elle ne le sait pas. Mais Chuck Bass le savait, ce qui était presque pire. Nate avait laissé

échapper l'information étourdiment lors d'une soirée, pas plus tard que l'avant-veil e dans un accès d'ivrognerie et de stupidité totale. Ils étaient en train de faire des cocktails lorsque Chuck avait demandé :

— Alors, Nate, quel a été ton meil eur coup? Enfin, si tu l'as déjà fait...

— Eh bien, je l'ai fait avec Serena van der Woodsen, s'était vanté Nate comme un idiot.

Et Chuck n'allait pas garder le secret longtemps. C'était bien trop juteux et bien trop utile. Chuck n'avait pas besoin de lire le livre Comment se faire des amis et gagner de l'influence. Il l'avait écrit, bordel ! Quoique, côté amis, il pouvait mieux faire.

Manifestement, Serena ne remarqua pas le silence gêné de Nate. El e soupira, baissa la tête et la posa sur son épaule. El e ne sentait plus Cristal de Chanel comme avant. El e sentait le miel, le santal et le lis - son propre mélange d'huiles essentielles. C'était 100 % Serena, 100 % irrésistible mais si quelqu'un

d'autre tentait de le porter, cela évoquerait probablement le caca de chien.

— Merde ! Tu m'as énormément manqué, Nate, dit-elle. Je regrette que tu n'aies pas vu les conneries que j'ai faites, j’ai été si vilaine.

— Que veux-tu dire ? Qu'as-tu fait de si mal ? lui demanda Nate, dans un mélange de crainte et d’appréhension.

L'espace d'une brève seconde, il l'imagina en train de faire des orgies dans la chambre de son dortoir à l'Hanover Academy et d'avoir des liaisons avec des hommes plus âgés dans des hôtels parisiens. Il regrettait de ne pas lui avoir rendu visite en Europe] cet été. H avait toujours désiré faire « la chose » dans un hôtel.

— Et j'ai aussi été une horrible amie, poursuivit! Serena. J'ai à peine parlé

à Olivia depuis que je suis partie. Et tant de choses se sont passées. Je suis sûre qu'elle est furieuse. El e ne m'a même pas dit bonjour.

— El e n'est pas furieuse, répondit Nate. Peut-être qu'elle est juste intimidée.

Les yeux de Serena lancèrent des éclairs.

— Bien, dit-elle d'un ton moqueur, Olivia est intimidée. Depuis quand Olivia est-el e timide ?

— En tout cas, elle n'est pas furieuse, insista Nate. Serena haussa les épaules.

— Bref, tant pis, je suis gonflée à bloc d'être de retour parmi vous tous, mes potes. Nous ferons toutes les choses que nous avions l'habitude de faire. Olivia et moi sécherons les cours et vous retrouverons sur le toit du Met, puis on redescendra dans Ie vieux cinéma près de l'Hôtel Plaza et on ira voir un film de cinglés jusqu’à l'heure du cocktail. Et toi et Olivia resterez ensemble pour toujours et je serai la demoiselle d'honneur à

votre mariage. Et nous serons tous heureux et aurons beaucoup d'enfants, comme dans les films.

Nate fronça les sourcils.

Ne fais pas cette tête, Nate, lança Serena en riant. Ça l'fait bien, non ?

Nate haussa les épaules.

Oui, j'imagine que ça l'fait bien, admit-il, bien que, de toute évidence, il n'en pensât pas un mot.

Qu'est-ce qui l'fait bien ? fit une voix revêche.

Surpris, Nate et Serena arrêtèrent enfin de se manger du regard. C'était Chuck ; et avec lui, Kati, Isabel et, enfin et surtout, Olivia qui avait en effet l'air très intimidé.

Chuck donna une tape dans le dos de Nate.

— Désolé, Nate, dit-il, mais tu ne peux pas harceler la van der Woodsen toute la soirée, tu sais.

Nate grogna et inclina son verre. Il ne restait que de la glace. Serena regarda Olivia. Ou du moins, elle essaya. Olivia mettait un point d'honneur à remonter ses bas noirs, centimètre par centimètre, depuis ses chevil es osseuses jusqu'à ses genoux osseux puis sur ses cuisses musclées de joueuse de tennis. Serena décida donc d'abandonner et embrassa d'abord Kati puis Isabel avant de se diriger vers son amie. Olivia ne pouvait pas passer la soirée à remonter ses collants au risque de se ridiculiser. Lorsque Serena ne fut qu'à quelques centimètres d'elle, el e leva les yeux et feignit la surprise.

— Salut, Olivia, dit Serena, tout excitée. (El e mit les mains sur les petites épaules de son amie et se

Pencha pour l'embrasser sur les deux joues.) vJe suis sincèrement désolée de ne pas t’avoir appelée avant de rentrer, je voulais le faire. Mais ça a été

de la folie.

J’ai tellement de choses à te raconter !

Chuck, Kati et Isabel se donnèrent des coups de coude et dévisagèrent Olivia. El e avait menti, c'était on ne peut plus clair. El e ne savait pas le moins du monde que Serena rentrait

Le visage d'Olivia s'empourpra.

Gril ée !

Nate remarqua la tension, mais il pensait que c'était pour une tout autre raison. Chuck l'avait-â déjà répété à Olivia ? Était-ce lui qui était gril é? Nate ne pouvait le dire. Olivia ne le regardait même pas.

Ce fut un moment glacial. Pas le genre de moment que vous imaginez passer avec vos plus vieux amis, vos plus proches amis.

Les yeux de Serena allèrent comme des flèches d'un visage à un autre. El e avait de toute évidence dit quelque chose qu'il ne fallait pas dire, et elle devina vite de quoi il s’agissait. Qu’est-ce que je suis conne ! se réprimandat-elle.

— En fait oui, je suis désolée de ne pas t'avoir appelée hier soir. Je viens juste de rentrer de Ridgefield. Mes parents m'ont planquée jusqu'à ce qu’ils trouvent ce qu'ils allaient faire de moi. Je me suis tellement emmerdée. C'est ce qu'on appelle savoir se rattraper aux branches de justesse. El e attendait qu'Olivia la remercie d'un sourire reconnaissant pour l'avoir couverte mais celle-ci * contenta de jeter un coup d'œil à Isabel et à Kati pour voir si elles avaient remarqué sa gaffe. Olivia se comportait bizarrement et Serena réprima une panique de plus en plus forte. Peut-être que Nate s’était trompé, peut-être qu’Olivia était bel et bien furieuse contre elle. Serena avait raté tant de choses.

Le divorce, par exemple,. Pauvre Olivia !

— Ça doit vraiment craindre, sans ton père, fit Serena. Mais ta mère a l’air en pleine forme et Cyrus est plutôt mignon, une fois que tu t’es habituée à lui.

El e gloussa.

Mais Olivia ne souriait pas.

— Peut-être, répondit-elle, en regardant le stand de hot dogs par la fenêtre. J’imagine que je ne me suis pas encore habituée à lui.Tous les six restèrent silencieux un long moment, un long moment de tension. Ce dont ils avaient besoin, c’était d’un autre verre, d’un petit remontant. Nate fit tinter ses glacons dans son verre.

— Qui en veut un autre ? proposa-t-il. Je m’en occupe.

Serena tendit son verra.

— Merci, Nate, dit-el e. Je meurs de soif, bordel !

Ils ont verrouil é le meuble à picole de Ridgefield.

Vous arrivez à le croire ?

Olivia secoua la tête.

— Non, merci.

— Si, j’en prends un autre, j’aurai la gueule de bois à l’école demain, fit Kati.

Isabel rit.

— Tu as toujours la gueule de bois à l’école, rétorqua-t-elle. (El e tendit son verre à Nate.) Tiens, je partagerai le mien avec Kati.

—Laisse-moi te donner un coup de main, proposa Chuck.

Maïs avant qu’il ne pût aller bien loin, Mme van der Woodsen se joignit à

eux et toucha le bras de sa fil e.

—Serena, dit-elle. Eleanor aimerait que nous passions à table. El e t'a fait une petite place a côté d'Olivia afin que vous puissiez rattraper le temps perdu, toutes les deux.

Serena jeta un coup d'œil anxieux à Olivia mais celle-ci avait déjà tourné

les talons et se dirigeait vers la table où elle s'assit à côté de son petit frère de onze ans, Tyler, installé à sa place depuis une heure en train de lire le magazine Rolling Stone. L'idole de Tyler était ce réalisateur de film, Cameron Crowe, parti en tournée avec Led Zeppelin quand il n'avait que quinze ans. Tyler refusait d'écouter des CD, prétendant que les vrais disques de vinyle étaient ce qu'il y avait de mieux. Olivia craignait que son frère ne devienne un loser,

Serena s'arma de courage et tira une chaise à côté d'Olivia.

— Olivia, je suis désolée d'avoir été aussi nulle, s'excusa-t-elle en enlevant la serviette en lin de toi rond en argent et en l'étalant sur ses genoux. La séparation de tes parents, ça n’a pas dû être marrant !

Olivia haussa les épaules et prit un petit pain frais au levain dans un panier sur la table. El e coupa le pain en deux et en fourra une moitié dans sa bouche. Les autres invités se dirigeaient encore vers la table et cherchaient leur place. Olivia savait que c'était malpoli de manger avant que tout le monde ne soit assis mais si elle avait la bouche pleine, elle ne pourrait pas parler et elle n'avait absolument pas envie de parler.

— J'aurais bien voulu être là, poursuivit Serena, en observant Olivia étaler un gros morceau de beurre français sur l'autre moitié de son petit pain. Mais j'ai passé une année de folie. J'ai des histoires hyper démentes à te raconter.

Olivia hocha la tête et mâcha lentement son petit pain, telle une vache qui rumine. Serena attendait qu'Olivia lui demande quel genre d'histoires elle avait à raconter mais celle-ci ne disait rien, elle continuait à mâcher. El e ne voulait pas savoir toutes ces choses fabuleuses que Serena avait faites en son absence pendant qu'Olivia était coincée chez el e à regarder ses parents se battre pour des chaises d'époque sur lesquelles personne ne s'asseyait, pour des tasses à thé dont personne ne se servait, et pour d'affreuses peintures hors de prix.

Serena aurait voulu lui parler de Charles, le seul rasta de l'Hanover Academy qui lui avait demandé de s'enfuir avec lui en Jamaïque. De Nicolas, le type d'une université française qui ne portait jamais de sous-vêtements et qui avait poursuivi son train dans une minuscule Fiat, de Paris à Milan. Lui raconter qu'elle avait fumé du hasch à Amsterdam et dormi dans un parc avec un groupe de prostituées ivres car elle avait oublié où elle séjournait El e voulait dire à Olivia combien ça avait craint quand el e avait appris que l'Hanover Academy ne la reprendrait pas en terminale tout simplement parce qu'elle avait séché les premières semaines de cours. El e voulait dire à Olivia combien elle appréhendait de retourner à Constance demain car elle n'avait pas vraiment

Travail é dur l’an passé et ne se sentait franches plus dans le coup. Mais Olivia n'était pas intéressée. El e attrapa un autre petit pain et en avala un gros morceau.

— Du vin, mademoiselle? demanda Esther debout à la gauche de Serena, la bouteil e à la main.

— Oui, merci, répondit Serena.

El e regarda le côtes-du-rhône couler dans soc verre et songea une fois de plus à la mer Rouge. Peut-être qu'Olivia sait, se dit-elle. Qu’est-ce que tout cela signifiait ? Était-ce pour cela qu'elle se comportait si bizarrement ?

Serena jeta un œil à Nate, quatre chaises plus loin sur sa droite, mais il était en pleine conversation avec son père. Ils devaient sûrement parler bateau.

— Alors, toi et Nate êtes encore complètement ensemble? s'enquit Serena, prenant un risque. J'imagine que vous allez bien vous marier un jour, vous deux.

Olivia avala son vin d'un coup, son petit rubis cliquetant contre le verre. El e attrapa le beurre et es étala un gros morceau sur son petit pain.

— Al ô ? Olivia ? dit Serena en lui donnant un petit coup de coude. 1\i vas bien ?

— Ouais, répondit Olivia en ayant du mal à articuler. (C'était moins une réponse à la question de Serena qu'une déclaration vague et générale destinée à remplir un blanc tandis qu'elle s'occupait de son morceau de pain.) Je vais bien.

Esther apporta le canard, le soufflé écrasé et plat comme un gland de chêne, les blettes trop cuites et la sauce aux airelles ; et la table s'emplit de bruits de couverts qui s'entrechoquent et de murmures de

« délicieux!». Olivia entassa de la nourriture sur son assiette et l’attaqua comme si elle n'avait rien mangé depuis trois semaines. El e se fichait bien de se rendre malade, tant qu'elle n'était pas forcée de parler à Serena.

— Waouh ! s'exclama Serena en regardant Olivia s'empiffrer. Tu dois avoir faim !

Olivia hocha la tête et enfourna une pleine fourchette de blettes dans sa bouche. El e la fit passer avec un verre de vin.

— Je meurs de faim, dit-el e.

— Alors, Serena, cria Cyrus Rose du bout de la table, parle-moi de la France. Ta mère dit que tu es allée dans le Sud cet été. Est-ce vrai que les Françaises ne portent pas de haut de mail ot sur la plage ?

— Oui, c'est vrai, répondit Serena. (El e leva un sourcil, taquine.) Mais pas seulement les Françaises. Moi non plus, je n'ai jamais mis de haut là-bas. Sinon, comment aurais-je pu avoir un bronzage décent ?

Olivia fail it s'étouffer avec un énorme morceau de soufflé et le recracha dans son vin. Il flotta à la surface du liquide cramoisi comme une boulette pâteuse jusqu'à ce qu'Esther lui enlève son verre en quatrième vitesse et lui en rapporte un propre.

Personne ne s'en rendit compte. Serena avait toute l'attention de la tablée et captiva son public avec ses voyages en Europe jusqu'au dessert. Lorsque Olivia eut terminé sa deuxième assiette de canard, elle engloutit un énorme bol de pudding au tapioca arrosé de chocolat, ne prêtant pas attention à la voix de Serena, et en s'en mettant une pleine cuil ère dans la bouche. Enfin, son estomac se rebella et elle se leva d'un coup, tira sa chaise en raclant le sol et

dévala le couloir jusqu'à sa chambre, direction la salle de bains attenante.

Olivia ? lui cria Serena. (El e se leva.) Excusez, moi, dit-elle et elle se précipita pour voir ce qui se passait.

Pas la peine de speeder ; Olivia ne partait nulle part.

Lorsque Chuck vit Olivia se lever de table, suivie de Serena, il hocha la tête d'un air entendu et donna un petit coup de coude à Isabel.

Olivia sait des trucs crades sur elle, murmura-il. Carrément génial.

Nate, de plus en plus mal à l'aise, observa les deux fil es quitter la table. Il était quasi sûr que la seule chose dont parleraient les fil es aux W.-C., c'était de sexe.

Et il avait presque raison.

Olivia s'agenouil a au-dessus des toilettes et enfonça son majeur dans la gorge, aussi loin qu'elle le put. Ses yeux commencèrent à larmoyer puis son estomac à se convulser. El e avait déjà fait cela auparavant, bien des fois. C'était dégoûtant et affreux, et elle savait qu'elle ne devrait pas le faire mais, au moins, elle se sentirait mieux lorsque ce serait terminé. La porte de la salle de bains n'était qu'à moitié fermée et Serena entendit son amie vomir de l'autre côté.

— Olivia, c'est moi, dit Serena d'un ton calme, tu vas bien ?

— Je sors dans une minute, répondit sèchement Olivia, s'essuyant la bouche.

El e se leva et tira la chasse d'eau.

Serena ouvrit la porte et Olivia se retourna, lui lançant un regard mauvais.

Je vais bien. Vraiment

Serena referma le couvercle des toilettes et s’assit dessus.

Oh, arrête d'être aussi garce, Olivia, dit-elle, exaspérée. Qu'est-ce qui se passe? C'est moi, tu te souviens ? Nous connaissons tout l'une de l'autre.

Olivia attrapa sa brosse à dents et son dentifrice,

Nous connaissions tout, avant, rectifia-t-el e et elle se mit à se brosser les dents comme une forcenée. (El e recracha un morceau de mousse verte.) À quand remonte la dernière fois où nous nous sommes parlé, au fait ? Pas l'été dernier mais celui d'avant ? Quelque chose comme ça, non ?

Serena baissa les yeux sur ses bottes en cuir marron éraflées.

Je sais. Je suis désolée.

Olivia rinça sa brosse à dents et la rangea dans le porte-brosse à

dents. El e fixa son reflet dans le miroir de la salle de bains.

— Eh bien, tu as loupé des tas de trucs, dit-elle en essuyant un pâté

de mascara sous son œil avec le bout de son petit doigt. Je veux dire que l'année passée a vraiment été... différente.

El e était sur le point de dire « difficile » mais cela l'aurait fait passer pour une victime. Comme si elle avait eu du mal à survivre sans Serena.

« Différente », c'était mieux.

Olivia jeta un œil à Serena, assise sur les toilettes, avec un soudain sentiment de toute-puissance.

— Nate et moi sommes devenus vraiment proches, tu sais. Nous nous disons tout.

Ouais bon. Très bien.

Les deux fil es se toisèrent d’un air méfiant l’espace d’un instant. Puis Serena haussa les épaules.

—Bien, ne t’inquiète pas pour Nate et moi. Nous sommes juste amis, tu le sais. Et en plus, j’en ai marre des garçons.

Les coins de la bouche d’Olivia se retroussèrent.

Serena voulait manifestement qu’elle lui demande « pourquoi », pourquoi en avait-el e marre des garçons ? 0mais Olivia n’allait pas lui faire ce plaisir. El e tira sur son pull et jeta un dernier coup d’œil à son reflet dans le miroir.

—Je te retrouve là-bas, dit-elle.

Et el e quitta brusquement la salle de bain.

Merde, pensa Serena. Mais elle resta où elle était. Ça ne servait à rien de courir après Olivia à présent, alors qu’elle était apparemment d’une humeur de merde. Les choses iraient mieux demain à l’école. Olivia et elle reprendrait surement leurs célèbres conversations à bâtons rompus à la cantine, en mangeant des yaourts au citron et de la romaine. Ce n’était pas comme si elles ne pouvaient plus être amies.

Serena se leva et examina ses sourcils dans le miroir de la salle de bain, utilisant la pince à épiler d’Olivia pour ôter quelques poils égarés. El e sortit de sa poche un tube de bril ant à lèvres Gash d’Urban Decay et étala une autre couche sur ses lèvres. Puis elle prit la brosse d’Olivia et se bossa les cheveux. Enfin elle fit pipi et rejoignit le dîner, oubliant son bril ant à lèvres sur le lavabo d’Olivia.

Lorsque Serena se rassit, Olivia se resservait de dessert pour la deuxième fois, et Nate faisait à Cyrus un dessin à échelle réduite de son voilier à la con sur le dos d'une pochette d'allumettes. De l'autre côté de la table, Chuck leva son verre pour trinquer avec Serena. El e n'avait aucune idée de ce à quoi elle portait un toast mais elle était toujours partante pour tout.

gossipgirl.net

Thèmes < précèdent suivant > envoyer une question répondre Avertissement : tous les noms de lieux, personnes et événements ont été modifiés ou abrégés afin de protéger les innocents. En l’occurrence moi.

salut à tous !

S VUE SUR LES MARCHES DU MET EN TRAIN DE DEALER

Eh bien, ça démarre sur les chapeaux de roue ! Vous m'avez envoyé des tonnes d'e-mails et j'ai pris énormément de plaisir à tous les lire. Merci infiniment

Que c'est bon d'être méchant non ?

Vos e-mails

Q : Salut Gossip Girl,

J'ai entendu parler d'une fil e dans le New Hampshire que la police a trouvée nue dans un champ, au milieu d'un tas de poulets morts. Us pensaient qu'elle était dans une espèce de merde vaudou, un truc dans le genre. Crois-tu que c'était S ? On dirait bien, non ? JLA DTST !!

Catee3

R : Chère Catee3,

Je ne sais pas mais ça ne me surprendrait pas . S est une grande fan de poulets. Une fois, dans le parc je l'ai vue s'envoyer un sachet entier de poulet frit sans s'arrêter pour reprendre son souffle. Mais je Suppose qu'elle avait vraiment dû forcer sur la pipe à eau ce jour-là. GG

Q : Chère GG,

Mon nom commence par S et j'ai des cheveux stands !!!! Je rentre moi aussi du pensionnat et retrouve ma vieil e école à NYC. J'en avais juste trop marre de toutes ces règles : ne pas boire, ne pas fumer ou pas de garçons dans nos chambres. (Bref, j'ai mon propre appartement maintenant et je fais une soirée samedi prochain. Tu veux venir?:-) S969

R : Chère S969,

La S sur laquelle j'écris vit toujours chez ses parents comme la majorité

d'entre nous, à dix-sept ans, espèce de garce veinarde !

GG

Q : Tu sais quoi, Gossip Girl ?

Hier soir, des mecs que je connais ont acheté des tas de pilules à une poulette blonde sur les marches du Met. El es étaient estampil ées de la lettre S, coïncidence ou quoi ?

NOOname

R : Chère N00name,

WAOUH, c’est tout ce que j’ai à dire.

GG

3 MECS ET DEUX FILLES

I et K vont avoir un peu de mal à rentrer dans ces jolies petites robes qu'elles ont achetées chez Bendels si elles continuent à s'arrêter au 3 Guys Coffee Shop pour prendre un chocolat chaud et des frites tous les jours. J'y suis allée pour voir pourquoi on en faisait tout un plat et je dirai que le serveur est mignon si vous aimez les poils aux oreil es mais la bouffe est pire que chez Jackson Hole et l'âge moyen, c'est 100 ans.

ON A VU

C chez Tiffany, choisissant une autre paire de boutons de manchette monogrammés pour une soirée. Et mot alors ? J’attends mon invite ! La mère de O main dans la main avec son nouveau mec chez Cartier. Humm, à

quand le mariage ? On a vu aussi : une fil e, qui ressemblait comme deux gouttes d'eau à S, sortant d’un service de dermato-vénérologie dans le Lower East Side. El e portait une grosse perruque noire et de grosses lunettes de soleil. Une sorte de déguisement. Et hier soir, très tard, on a vu S

se pencher par la fenêtre de sa chambre sur la 5e Avenue, l'air un peu perdu. Ne saute pas, ma belle, les choses commencent tout juste à être passionnantes I

C'est tout pour l'instant. À demain en cours !

Vous m'adorez, ne dites pas le contraire.

Gossip girl

écoutez le chant des anges

— Bienvenue, les fil es, claironna Mme McLean du haut du podium de l'auditorium de l'école. J’espère que vous avez toutes passé un long weekend fantastique. J'ai passé le week-end dans le Vermont et il a été

absolument divin.

Les sept cents étudiantes de l'École de fil es de Constance Billard, du jardin d'enfants à la terminale, plus ses cinquante professeurs et membres du corps enseignant, gloussèrent discrètement. Tout le monde savait que Mme McLean avait une petite amie dans le Vermont. El e s'appelait Vonda et conduisait un tracteur. Mme McLean avait un tatouage à l'intérieur de sa cuisse qui disait : « Chevauche-moi, Vonda. »

C'est la vérité, je le jure sur la tête de Dieu !

Mme McLean ou Mme M., comme l'appelaient les fil es, était la directrice de l'école. Son boulot consistait à produire le nec plus ultra - envoyer les fil es dans les meil eures universités, leur faire faire les plus beaux mariages et avoir les meil eures vies. Et elle excellait là-dedans. El e n'avait aucune patience pour les losers et si elle surprenait une de ses fil es en train de se comporter en loser - téléphoner systématiquement pour dire qu'elle était malade ou avoir de

mauvaises notes à ses examens d'entrée à l'université — el e faisait appel à

des psys, des conseil ers pédagogiques et des professeurs particuliers pour s'assurer que la fil e en question avait l'attention personnelle nécessaire afin d'avoir de bonnes notes, de bons résultats et un accueil chaleureux dans l'université de son choix.

Mme M. ne supportait pas non plus la méchanceté. Constance était censée être une école sans clam ni préjugés d'aucune sorte. Son adage préféré était le suivant : « Lorsque vous cassez du sucre sur le dos des autres, vous vous cassez et vous me cassez. » La moindre calomnie était sanctionnée par une journée d'isolement et l'obligation de rédiger une dissertation particulièrement difficile. Mais ces punitions étaient rarement nécessaires. Mme M. ignorait parfaitement ce qui se passait réellement dans son établissement. El e n'entendait sûrement pas les murmures tout au fond de l'auditorium où étaient assises les élèves de terminale.

— Je croyais que tu avais dit que Serena revenait aujourd'hui, murmura Rain Hoffstetter à Isabel Coates.

Ce matin, Olivia, Kati et Isabel s'étaient toutes retrouvées sous leur porche habituel au coin de la rue pour fumer une cigarette et boire un café avant le début des cours. Voilà deux ans qu'elles faisaient tous les jours la même chose et elles s'étaient à moitié attendues à ce que Serena les rejoigne. Mais les cours avaient commencé depuis dix minutes et aucun signe de Serena.

C’était plus fort qu'Olivia mais Serena la gonflait : en n'arrivant pas à

l'heure, elle créait encore plus de

mystère autour de son retour. Ses amies étaient pratiquement en train de se contorsionner dans leurs sièges, impatientes d'apercevoir Serena, comme a elle était une espèce de célébrité.

— El e est probablement trop défoncée pour venir en cours aujourd'hui, chuchota Isabel. Je le jure, elle a passé, quoi, une heure dans la salle de bains d'Olivia hier soir. Qui sait ce qu'elle fabriquait là-dedans !

— Il paraît qu'elle vend ces pilules avec la lettre S marquée dessus. El e en est complètement accro, confia Kati à Rain.

— Attends de la voir, poursuivit Isabel. El e est complètement à la masse.

— Ouais, lui répondit Rain dans un murmure, j'ai entendu dire qu'elle avait commencé une espèce de culte vaudou dans le New Hampshire.

Kati rit sottement.

— Je me demande si elle va nous demander de nous joindre à elle.

— Quoi ? fit Isabel. El e peut danser toute nue autour de poulets autant qu'elle le veut, sans moi ! Pas question !

— Où peut-on trouver des poulets vivants en vil e, d'ail eurs ? demanda Kati.

— C'est dégueulasse ! s'exclama Rain.

— Maintenant j'aimerais commencer par chanter un hymne. Si vous voulez bien vous lever et ouvrir vos livres de cantiques à la page quarantetrois, leur ordonna Mme M. Mme Weeds, la professeur de musique hippy aux cheveux crépus, commença à jouer sur son piano les

premiers accords de l'hymne familier. Les sept cents fil es se levèrent toutes et se mirent à chanter.

Leurs voix résonnèrent sur la 99e Rue que Serena van der Woodsen venait d'emprunter en se maudissant d'être en retard. El e ne s'était pas réveil ée si tôt depuis ses derniers examens à l'Hanover Academy en juin dernier, et elle avait oublié combien ça craignait de se lever à l’aube. Écoutez, le chant des anges

Vient d'éclater dans les airs ;

Joignons aussi nos louanges

À leurs sublimes concerts.

Jenny Humphrey, élève de troisième à Constance feignit de chanter l'hymne, partageant avec sa voisine le livre de cantiques qu'elle avait ellemême été sommée d'écrire de sa calligraphie exceptionnel. Cela lui avait pris tout l'été et les livres de cantiques étaient magnifiques. Dans trois ans, l'Institut Pratt d'Art et de Design lui ferait un pont d'or. Pourtant Jenny était ultra embarrassée chaque fois qu'elles se servaient des livres de cantiques, raison pour laquelle elle n'arrivait pas à chanter à voix haute. Pour elle, cela relevait d'un acte de bravade, comme si elle disait : « Regardez-moi, je chante sur les livres de cantiques que j’ai faits ! Je suis cool, non ? »

Jenny préférait être invisible. El e n'était qu'une toute petite bizuth aux cheveux frisés, et se rendre invisible n'était donc pas compliqué. En fait, c'eût été beaucoup plus facile si ses seins n'avaient pas été aussi incroyablement énormes. À quatorze ans, elle faisait un 90 D de tour de poitrine. Vous imaginez ?

Gloire à Dieu ! Paix sur la Terre !

Aujourd'hui le Christ est né !

Jésus s'est fait notre frère,

Un Sauveur nous est donné.

Jenny se trouvait au bout d'une rangée de chaises pliantes, près des grandes fenêtres de l'auditorium qui donnaient sur la 99e Rue. D'un seul coup, un mouvement dans la rue attira son regard Des cheveux blonds volant au vent. Un manteau en tissu écossais Burberry. Des bottes en daim marron éraflées. Un nouvel uniforme marron - choix curieux mais, sur elle, c'était fantastique. On aurait dit que… Non, ça ne pouvait pas... Est-ce que c'était... Non ! Si?

Si, c'était elle.

Un instant plus tard, Serena van der Woodsen poussa la lourde porte en bois de l'auditorium et resta devant, cherchant sa classe. El e était à bout de souffle et ses cheveux, ébouriffés par le vent. Ses joues étaient roses et ses yeux bril ants à force d'avoir parcouru en courant les douze pâtés de maisons de la 5e Avenue à l'école. El e était encore plus parfaite que dans les souvenirs de Jenny.

pdf to jpg

— Oh ! Mon Dieu ! murmura Rain à Kati au fond de la salle. Est-ce qu'elle a, je ne sais pas, moi, pris ses fringues dans un foyer pour SDF sur la route ?

— El e ne s'est même pas brossé les cheveux ! gloussa Isabel. Je me demande où elle a dormi hier soir.

Mme Weeds termina l'hymne sur un accord fracassant.

Mme M. s'éclaircit la gorge.

— Et maintenant, un moment de silence pour ceux qui ont moins de chance que nous. Notamment pour les Indiens d'Amérique qui ont été

massacrés en fondant ce pays, pour qui nous n'avons pas eu la moindre pensée hier quand nous avons fêté Columbus Day1, dit-elle.

Le silence s'abattit sur la salle. Enfin presque.

— Regarde, tu vois comment Serena pose la main sur son ventre ? El e est probablement enceinte, murmura lsabel Coates à Rain Hoffstetter. Tu ne fais ça que quand tu es enceinte !

— El e a dû se faire avorter ce matin. C'est peut-être pour ça qu'elle est en retard, répondit Rain à voix basse.

— Mon père fait des dons à Phœnix House, confia Kati à Laura Salmon. Je vais essayer de savoir si Serena y est al ée. Je parie que c'est pour ça quelle est revenue au milieu du trimestre. El e était en désintoxication.

— Il paraît qu'au pensionnat, ils mélangent le Comet, la cannelle et le café

instantané et qu'ils le sniffent C'est comme les amphétamines, mais ta peau devient verte si tu le sniffes trop longtemps, se fit entendre Nicki Button. Tu deviens aveugle et après tu meurs.

Olivia saisit des bribes de la conversation de ses amies et cela la fit sourire.

Mme M. se tourna pour faire un signe de tête à Serena.

— Les fil es, j'aimerais que vous accueil iez toutes

1. Jour férié, le deuxième lundi d'octobre, commémorant la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb. (N.d.T.)

notre vieil e amie Serena van der Woodsen. Serena intégrera les cours de terminale aujourd'hui, fit Mme M. en souriant. Et si tu allais t'asseoir, Serena ?

Serena descendit l'allée centrale de l'auditorium d'un pas léger et s'installa sur une chaise vide près de Lisa Sykes, une élève du cours élémentaire qui se curait constamment le nez.

Jenny avait bien du mal à refréner son enthousiasme. Serena van der Woodsen! Elle était ici! Dans la même pièce, à quelques mètres d'elle seulement ! Si réelle ! Et l'air si mature à présent.

Je me demande combien de fois elle l'a fait, s'interrogea intérieurement Jenny.

El e imagina Serena et un mec blond de l'Hanover Academy, appuyés contre le tronc d'un vieil arbre massif, son manteau enveloppé autour d'eux deux. Serena avait dû sortir furtivement de son dortoir sans mettre son manteau. El e avait très froid et de la sève dans les cheveux mais ça valait le coup. Puis Jenny imagina Serena et un autre garçon fictif sur un télésiège. Le télésiège s'était coincé et Serena grimpa sur les genoux du garçon pour se réchauffer. Ils commencèrent à s'embrasser et ne purent s'arrêter. Quand ils eurent terminé, le télésiège était reparti et leurs skis, tout emmêlés ; ils restèrent donc sur le siège et redescendirent tout en recommençant. Que c'est cool ! songea Jenny; De très loin, Serena van der Woodsen était vraiment la fil e la plus cool du monde entier. Carrément plus cool que toutes les autres élèves de terminale. Et que c'était cool d'arriver en retard en plein trimestre avec un look comme le sien !

Vous avez beau être extrêmement riche et fabuleuse

Ie pensionnât à le don de vous faire ressembler à un SDF. À une SDF

glamour, dans le cas de Serena.

Voilà plus d'un an quelle ne s'était pas fait coupa Ies cheveux. Hier soir, elle les avait attachés mais aujourd'hui, ils étaient détaches et carrément hirsutes. Sa chemise blanche très ample de garçon était râpée au col et aux poignets et, à travers, on voyait son soutien-gorge de dentelle violet. Aux pieds, elle portait ses bottes lacées marron préférées et ses bas noirs étaient troués au genou. Le pire, c'était qu'elle avait dû acheter un nouvel uniforme vu qu'elle avait jeté le sien au vide-ordures quand elle était partie au pensionnat. Son nouvel uniforme était ce qu'il y avait de plus frappant. Les nouveaux uniformes étaient la bête noire des élèves de sixième, année au cours de laquelle les fil es de Constance troquaient leur tunique contre une jupe. Les nouvelles jupes étaient en polyester et avaient des plis anormalement rigides. La matière était bril ante, affreuse et vulgaire et d'une autre couleur : bordeaux. C'était hideux. Et c'était cet uniforme marron que Serena avait choisi de porter pour son retour à Constance. En plus, sa jupe lui arrivât aux genoux ! Toutes les autres élèves de terminale portaient les mêmes bonnes vieil es jupes de laine bleu marine depuis la sixième. El es avaient tellement grandi que leurs jupes étaient extrêmement courtes Plus la jupe était courte, plus la fil e était cool.

Olivia, qui n'avait pas grandi tant que ça, l’avait raccourcie en cachette.

— Qu'est-ce que c'est que cette merde qu'elle porte, d'ail eurs ? siffla Kati Farkas.

— Peut-être qu'elle croit que le bordeaux, ça fait Prada, un truc comme ça, ricana Laura.

À mon avis, el e essaie de se faire remarquer avec ses fringues, murmura Isabel. Du genre : « Regardez-moi, je suis Serena, je suis belle et je peux porter tout ce que je veux. »

Et c'est le cas, songea Olivia. C'était l'une des choses qui l'avait toujours exaspérée chez Serena. El e pouvait tout porter.

Mais peu importait le look de Serena. Ce que Jenny et toutes les autres élèves de l'auditorium voulaient savoir c'était : Pourquoi est-elle revenue ?

El es tendirent le cou pour mieux voir. Avait-el e un œil au beurre noir ?

Était-elle enceinte ? Avait-elle l'air défoncé ? Avait-elle bien toutes ses dents? Qu'est-ce qui avait changé en elle ?

— Est-ce une cicatrice sur sa joue ? demanda Rain à voix basse.

— El e a reçu un coup de couteau un soir en dealant, lui répondit Kati. J'ai entendu dire qu'elle avait fait de la chirurgie esthétique en Europe l'été

dernier mais qu'ils n'avaient pas pu faire de miracles.

Mme McLean lisait à haute voix à présent Serena se cala dans son siège, croisa les jambes et ferma les yeux, savourant cette bonne vieil e sensation d'être assise dans cette salle pleine de fil es, à écouter la voix de Mme M. El e ignorait pourquoi elle avait été aussi nerveuse ce matin avant de venir en cours. El e s'était réveil ée en retard et s'était habil ée en quatrième vitesse, faisant un trou dans ses collants noirs avec un ongle d'orteil mal coupé. El e avait choisi la vieil e chemise râpée de son frère Erik car elle portait son odeur. Erik était allé au même pensionnat

que Serena mais, à présent, il était à l fac et lui manquait terriblement. Juste au moment où elle sortait de son appartement, sa mère l’avait aperçue et l’aurait fait changer de tenue si Serena n’avait pas été autant en retard.

—Ce week-end, lui avait dit sa mère, nous irons faire du shopping et je t’emmènerai dans mon salon de coiffure. Tu ne peux pas traîner ici comme ça, Serena. Je me moque bien de comment ils te laissaient t’habil er au pensionnat.

Puis elle embrassa sa fil e sur la joue et retourna se coucher.

—Oh, mon Dieu, je crois qu’elle dort, murmura Kati à Laura.

—Peut-être qu’elle est juste fatiguée, rétorque Laura. J’ai entendu dire qu’elle s’est fait virer parce qu’elle couchait avec tout les mecs du campus. Il y avait des encoches sur le mur au-dessus de son lit. Sa camarade de chambre l’a dénoncée et c’est comme ça qu’ils ont tout découvert.

—Plus toutes ces nuits à faire la danse du poulet, ajouta Isabel, faisant pouffer de rire les autres.

Olivia se mordit la lèvre, réprimant une envie de rire. C’était vraiment trop drôle.

l'autre fan de S

Si Jenny Humphrey avait pu entendre ce que disaient les fil es de terminale sur Serena van der Woodsen, son idole, elle leur aurait cassé les abattis. À la minute où les prières furent terminées, jenny bouscula ses camarades de classe et se précipita dans le couloir pour passer un coup de fil. Son frère Daniel al ait péter un plomb lorsqu'elle lui aurait annoncé la nouvelle.

— Allô?

Daniel Humphrey répondit à la troisième sonnerie sur son téléphone portable. Il se trouvait à l'angle de la 77e Rue et de West End Avenue, devant Riverside Prep, et fumait une cigarette. Il plissa ses yeux marron foncé, essayant de se protéger du soleil d'octobre éblouissant. Dan n'aimait pas le soleil. Il passait la majorité de son temps libre enfermé dans sa chambre à

lire de la poésie morbide et existentialiste sur la cruelle destinée de l'être humain. Il était pâle, hirsute et maigre comme une rock-star.

Rien de tel que l'existentialisme pour vous couper l'appétit

« Devine qui est de retour ? » entendit-il sa petite sœur crier d'une voix perçante, tout excitée, au téléphone.

Comme Dan, Jenny était une solitaire et lorsqu'elle avait besoin de parler à quelqu'un, c'était toujours lui qu'elle appelait. C'était elle qui leur avait acheté des téléphones portables.

— Jenny, est-ce que ça ne peut pas attendre... commença à dire Dan, l'air ennuyé comme seuls les grands frères peuvent l'être.

— Serena van der Woodsen ! l'interrompit Jenny. Serena est de retour à

Constance ! Je l'ai vue à la prière. Tu arrives à le croire ?

Dan observa le couvercle d'une tasse en plastique ricocher sur le trottoir. Une Saab rouge descendait West End Avenue à toute allure dans une lumière jaune. Ses chaussettes étaient humides dans ses Hush Puppies en daim marron.

Serena van der Woodsen. Il tira une longue taffe sur sa Camel. Ses mains tremblaient tellement qu'il fail it louper sa bouche.

— Dan ? cria sa sœur au téléphone. Tu m'entends ? Tu as entendu ce que je t'ai dit ? Serena est de retour. Serena van der Woodsen !

Dan reprit brusquement son souffle.

— Oui, je t'ai entendue, répondit-il, feignant l'indifférence. Et alors ?

— Et alors ? s'exclama Jenny, incrédule. Bon, d'accord, comme si tu ne venais pas d'avoir une mini crise cardiaque ! Arrête de déconner, Dan !

— Non, je suis sérieux, fit Dan, énervé. Pourquoi m'appelles-tu ? Qu'estce que ça peut me foire ?

Jenny soupira bruyamment. Dan pouvait être tellement agaçant ! Pourquoi ne pouvait-il pas faire semblant d'être content pour une fois ? El e en avait franchement marre de son numéro de poète pâle, introspectif et malheureux.

— Très bien, dit-elle. Laisse tomber. À plus tard.

El e raccrocha et Dan fourra son téléphone portable dans la poche de son pantalon en velours côtelé noir délavé. Il sortit un paquet de cigarettes de sa poche arrière et en alluma une autre avec le mégot brûlant de celle qu'il fumait déjà. L'ongle de son pouce le brûla légèrement mais il le sentit à

peine.

Serena van der Woodsen.

La première fois qu'ils s'étaient rencontrés, c'était à une soirée. Non, ce n'était pas la stricte vérité. Dan l'avait vue à une soirée, sa soirée, la seule qu'il n’avait jamais faite dans l’appartement familial à l’angle de la 99 e et de West End Avenue.

C'était le mois d'avril, en quatrième. La soirée était l'idée de Jenny, et leur père, Rufus Humphrey, infime éditeur à la retraite de petits poètes beatniks, lui-même fêtard invétéré, avait été ravi de rendre service. Leur mère était partie à Prague quelques années auparavant pour se « concentrer pleinement sur son art ». Dan avait invité toute sa classe en leur disant d'amener qui ils voulaient. Plus d'une centaine de gosses s'étaient pointés et Rufus avait fait couler la bière à flots dans un tonnelet dans la baignoire, soûlant pas mal de gamins pour la première fois de leur vie. C'était la meil eure soirée à laquelle Dan avait jamais assisté. Pas à cause de la beuverie mais parce que Serena van der Woodsen était là. Peu importe qu'elle ait été bourrée, se soit mise à jouer à un stupide jeu-beuverie sur le latin et qu'elle ait embrassé le ventre d'un type sur lequel étaient griffonnés desdessins au marqueur indélébiles. Dan avait été incapable de la quitter des yeux.

Par la suite, Jenny lui apprit que Serena fréquentait la même école qu’elle, Constance, et à partir de là, sa sœur devint sa petite émissaire, lui racontant tout ce qu’elle avait vu Serena faire, dire, porter, etc. et informant Dan de tous les événements à venir où il pourrit l’apercevoir. Ces événements étaient rares. Non pas parce qu’ils n’étaient pas nombreux —

bien au contraire — mais parce qu’il n’y en avait pas beaucoup auxquels Dan pût avoir la chance d’être invité. Dan ne vivait pas dans le même monde que Serena, Olivia, Nate et Chuck. Il n’était pas n’importe qui. Il était juste normal. Pendant deux ans, Dan suivit Serena, avec tendresse, à distance. Il ne lui adressa jamais la parole. Quand elle partit au pensionnat, il tenta de l’oublier, sûr et certain qu’il ne la reverrait jamais, à moins que, par un tour de magie, ils ne se retrouvent dans la même université.

Et voilà qu’elle était de retour.

Dan descendit la rue à moitié, puis tourna au coin et repartir en sens inverse. Son esprit tournait à cent à l’heure. Il pourrait organiser une autre soirée. Il pourrait faire les invitations et demander à Jenny d’en glisser une dans le casier de Serena à l’école. Lorsque Serena arriverait chez lui, Dan viendrait l’accueil ir, prendrait son manteau et lui souhaiterait la bienvenue à

New York.

Il a plu tous les jours de ton absence, lui dirait-il, poète. Puis ils s’esquiveraient dans la bibliothèque de son père se déshabil eraient et s’embrasseraient sur

le divan en cuir devant la cheminée. Et lorsque tout le monde serait parti, ils partageraient un bol de glace au café Breyers, la préférée de Dan. Ensuite, ils passeraient chaque minute ensemble. Ils demanderaient même leur transfert dans un lycée mixte tel que Trinity pour finir leur année de terminale car ils ne supporteraient pas d'être séparés. Enfin ils iraient à Columbia, et vivraient dans un studio pas loin de l'université avec juste un lit immense en guise de mobilier. Les amies de Serena essaieraient de la persuader par la ruse de reprendre son ancien mode de vie, mais aucun bal de charité, aucun dîner en tenue de soirée, aucune fête hors de prix ne la tenterait El e se ficherait bien de devoir abandonner son fonds en fidéicommis et les diamants de son arrière-grand-mère. Serena serait prête à vivre dans la misère noire tant qu'elle pouvait être avec Dan.

« Bordel de merde ! On a plus que cinq minutes avant la reprise des cours

! » fit une voix odieuse derrière Dan.

Dan se retourna et évidemment, c'était Chuck Bass ou « Écharpe Boy »

comme Dan aimait l'appeler car Chuck portait toujours cette écharpe ridicule en cachemire monogrammée. Chuck n'était qu'à six mètres de lui, en compagnie de Roger Paine et Jefferson Prescott, deux de ses potes de terminale de Riverside Prep. Ils n'adressaient jamais la parole à Dan et ne semblaient même pas se rendre compte de sa présence. Pourquoi devraientils le faire ? Ces garçons prenaient le bus de la 79e Rue qui traverse la vil e par Central Park tous les matins depuis le quartier huppé de l’Upper East Side pour aller à l'école.

Ils ne s’aventuraient dans le West Side que pour aller

en classe ou se rendre à une soirée de temps à autre. Ils étaient dans la classe de Dan à Riverside Prep mais n'étaient sûrement pas de sa classe. Il n'était rien pour eux. Ils ne le remarquaient même pas.

Hé, les mecs ! lança Chuck à ses copains.

II alluma une cigarette. Chuck fumait ses cigarettes comme si c'étaient des joints, en les tenant entre le pouce et l'index et en tirant fort sur le filtre. Pathétique, franchement.

Devinez qui j'ai vu hier soir ? fit Chuck en soufflant une volute de fumée grise.

Liv Tyler ? proposa Jeffrey.

Ouais et el e t'a pas lâché de la soirée, c'est ça? ajouta Roger en riant.

Non. Pas elle. Serena van der Woodsen, rétorqua Chuck.

Dan dressa l'oreil e. Il était sur le point de rentrer en cours mais alluma une autre cigarette et ne bougea pas pour pouvoir les écouter.

La mère d'Olivia Waldorf a fait sa petite soirée et Serena a accompagné ses parents, poursuivit Chuck. Et elle m'a pas lâché de la soirée. C'est, disons, la plus belle salope que j'aie jamais rencontrée. Chuck tira de nouveau sur sa cigarette.

Vraiment ? dit Jeffrey.

Oui, vraiment. Premièrement, je viens de découvrir qu'elle baise avec Nate Archibald depuis la seconde. Et el e a reçu une sacrée éducation au pensionnat, si vous voyez ce que je veux dire. Ils ont dû se débarrasser d'elle, tellement c'est une traînée.

Pas possible ! dit Roger. Al ez, mec, on se fait pas virer parce qu'on est une salope !

Si. Tu te fais virer si tu tiens un fichier de tous

mecs avec qui t'as couché et que tu les fais devenir accros aux drogues que tu prends. Ses parents ont dû aller la chercher là-bas. El e était, disons, en train de pervertir toute l'école.

Chuck commençait à s'énerver. Son visage s'empourprait et il crachait en parlant

Il paraît aussi qu'elle a chopé des tas de maladies, ajouta-t-il. Genre MST. Quelqu'un l'a vue se rendre dans une clinique de l'East Village. El e portait une perruque.

Les copains de Chuck secouèrent la tête, grognant de stupéfaction. Dan n'avait jamais entendu de telles conneries. Serena n'était pas une traînée, elle était parfaite, n'est-ce pas ? N'est-ce pas ?

Cela restait à voir.

Alors, les mecs, vous avez entendu parler de cette soirée d'oiseaux?

demanda Roger. Vous y allez?

— Quelle soirée d'oiseaux ? s'enquit Jeffrey.

Ce truc pour les faucons pèlerins de Central Park ? fit Chuck. Ouais, Olivia m'en a parlé. C’est dans l'ancien magasin Barneys. (Il tira une autre taffe sur sa cigarette.) Les mecs, tout le monde y va !

Tout le monde n'incluait pas Dan, naturellement. Mais incluait assurément Serena van der Woodsen.

Ils envoient les invitations cette semaine, dit Roger. La soirée a un nom bizarre, je ne m en souviens pas, un truc de fil es.

Baiser sur les lèvres, répondit Chuck, en écrasant sa cigarette avec ses odieuses chaussures, style Eglise d’Angleterre. C’est la soirée Baiser sur les lèvres.

— Oh, ouais, dit Jeffrey. Et je parie que ce sera pas que sur les lèvres ! ricana-t-il. Surtout si Serena est là !

Les garçons éclatèrent de rire, se félicitant les uns les autres pour leur extraordinaire sens de l'humour.

Dan en avait assez. Il jeta sa cigarette sur le trottoir à quelques centimètres des chaussures de Chuck et se dirigea vers les portes de l'école. Quand il passa devant les trois garçons, il tourna la tête et avança les lèvres, produisant trois fois un bruit de bécotage comme s'il déposait un gros baiser sur les lèvres de chaque garçon. Puis il pénétra à l'intérieur et referma violemment la porte derrière lui.

Baisez ça, bande de trous du cul !

au cœur de chaque faute de goût réside une incorrigible romantique

— Ce que je veux, c'est de la tension, expliqua Vanessa Abrams à la petite classe d'Études Cinématographiques Avancées. (Debout devant les élèves, elle présentait le concept du film qu'elle allait réaliser.) Je vais les filmer tous les deux en train de parler sur un banc dans un parc, la nuit. Sauf que vous ne pourrez pas vraiment entendre ce qu'ils diront.

Vanessa marqua une pause pour créer un effet dramatique et attendit que l'une de ses camarades dise quelque chose. M. Beckam, leur professeur, leur répétait constamment que pour faire vivre leurs scènes, il fallait des dialogues et de l'action et Vanessa était délibérément en train de faire le contraire.

— Donc il n'y a pas de dialogue, constata M. Beckam du fond de la classe où il se trouvait.

Il était douloureusement conscient que personne d'autre n'écoutait un traître mot de ce que racontait Vanessa.

Vous entendrez le silence des immeubles, du banc et du trottoir, et vous verrez les éclairages des rues il uminer leurs corps. Puis vous apercevrez leurs mains bouger et leurs yeux parler . Ensuite vous les entendrez parler mais pas trop. C'est une scène d'ambiance, expliquait Vanessa.

El e attrapa la télécommande du projecteur de diapositives et parcourut les diapos des photos noir et blanc qu'elle avait prises afin de montrer l'ambiance qu'elle recherchait pour son court métrage. Un banc en bois dans un parc. Un bout de trottoir. Une plaque d'égout. Un pigeon picorant un préservatif usagé. Un morceau de chewing-gum sur le bord d'une poubelle.

— Ha ! s'écria quelqu'un au fond de la salle.

C'était Olivia Waldorf qui riait à gorge déployée en lisant le petit mot que Rain Hoffstetter venait de lui passer :

Pour passer un bon moment

Appelez Serena van der Woodsen

MST assurées!

Vanessa lança un regard noir à Olivia. Les cours de cinéma étaient les préférés de Vanessa, la seule raison pour laquelle elle venait à l'école. El e les prenait très au sérieux, contrairement à la plupart des autres fil es, comme Olivia, pour qui le cours de ciné n'était qu'une récréation par rapport à tous leurs foutus Cours Avancés – CA de calcul, CA de bio, CA d'histoire, CA d'anglais, CA de littérature anglaise, CA de français. El es empruntaient tout droit le chemin épineux de Yale, de Harvard ou de Brown que leurs famil es avaient fréquenté des générations durant. Vanessa n'était pas comme elles. Ses parents n'étaient même pas allés à l'université. C'étaient des artistes et Vanessa n'avait qu'un seul désir dans la vie : rentrer à l’ université de New York pour se spécialiser en cinéma.

En fait, non, elle désirait autre chose. Ou quelqu’un d'autre, pour être plus précis, mais nous y reviendrons dans une minute.

Vanessa constituait une anomalie à Constance, la seule fil e de l'école à

avoir le crâne presque rasé, à porter des pulls à col roulé noirs tous les jours, à lire et relire Guerre et Paix de Tolstoï comme si c'était la Bible, à écouter Belle et Sébastian, et à boire du thé nature non sucré. El e n'avait aucune amie à Constance et habitait à Wil iamsburgh, Brooklyn, avec Ruby, sa sœur de vingt-deux ans. Que faisait-elle donc dans une petite école privée de fil es très sélecte de l'Upper East Side, entourée de princesses comme Olivia Waldorf ? C'était une question que Vanessa se posait tous les jours. Les parents de Vanessa étaient d'anciens artistes révolutionnaires qui vivaient dans le Vermont, dans une maison faite de pneus de voitures recyclées. Quand elle eut quinze ans, ils permirent à Vanessa-la-jamaiscontente d'aller habiter avec sa bassiste de sœur aînée à Brooklyn. Mais pour être sûrs qu'elle reçût une bonne éducation universitaire, ils l'envoyèrent à Constance.

Vanessa détestait cette école mais n'en dit jamais rien à ses parents. Il ne restait que huit mois avant le diplôme. Encore huit mois et elle pourrait fuir du centre pour aller à Université

Encore huit mois à supporter cette garce d’Olivia Waldorf et, pire, Serena van der Woodsen dans toute sa splendeur. Le retour de sa meil eure amie avait l'air de mettre Olivia dans un état complètement orgasmique. En fait, tout le dernier rang du cours de cinéma dégoisait et se passait des petits mots, cachés dans les manches de leurs ignobles pulls en cachemire.

Eh bien, qu'elles ail ent se faire foutre ! songea Vanessa. El e releva le menton et poursuivit sa présentation. El e était bien au-dessus de leurs conneries et de leurs mesquineries. Plus que huit mois. Peut-être que si Vanessa avait vu le mot que Kati Farkas venait de faire passer à Olivia, elle aurait éprouvé davantage de sympathie pour Serena. Chère Olivia,

Puis-je t'emprunter cinquante mil e dollars ? Sniff sniff, sniff. Si je ne rembourse pas l'argent que je dois à mon dealer de coke, je serai dans la merde.

Merde, mon entrejambe me démange.

Dis-moi pour l'argent.

Affectueusement,

Serena v. d. Woodsen

Olivia, Rain et Kati pouffèrent bruyamment

« Chuut ! » murmura M. Beckam en jetant un coup d'œil plein de compassion à Vanessa.

Olivia retourna le petit mot et gribouil a une réponse au dos.

Bien sûr, Serena, tout ce que tu veux. Appelle-moi de prison, il paraît que la bouffe y est vraiment bonne Nate et moi viendrons te rendre visite dès que nous aurons un moment, ce qui veut dire. ..Je ne sais pas... JAMAIS?!

J'espère que ta MST guérira vite.

Affectueusement,

Olivia.

Olivia repassa le petit mot à Kati : elle ne se sentait qu'un tout petit peu morveuse l'être aussi vache. Tant d'histoires couraient sur Serena que, en toute franchise, elle ne savait plus que croire. De plus, Serena n'avait toujours avoué à personne pourquoi elle était revenue, alors pourquoi Olivia devrait-elle faire quoi que ce soit pour la défendre ? Peut-être qu'une partie de ces rumeurs étaient fondées. Peut-être qu'une partie de ces histoires étaient réellement arrivées.

De plus, se passer des petits mots était bien plus drôle que prendre des notes.

— Je vais donc écrire, réaliser et filmer tout cela. Et j'ai déjà choisi mon ami Daniel Humphrey, de Riverside Prep, pour jouer le rôle du Prince Andrei, expliquait Vanessa. (Ses joues s'empourprèrent lorsqu'elle prononça le nom de Dan.) Mais je n'ai toujours pas trouvé ma Natasha pour la scène. Le casting aura lieu demain après les cours à Madison Square Park, à la tombée de la nuit. Quelqu'un est intéressé ? demanda-t-elle.

Sa question n'était qu'une petite plaisanterie pour initiés, pour elle en l'occurrence. Vanessa savait pertinemment que personne ne l'écoutait dans la salle. El es étaient bien trop occupées à faire circuler des petits mots. Le bras d'Olivia se leva.

— Je serai la réalisatrice ! lança-t-elle.

De toute évidence, elle n'avait pas entendu la question. Mais Olivia tenait tellement à impressionner le service des inscriptions de Yale qu'elle était toujours la première à se porter volontaire pour faire n'importe quoi. Vanessa ouvrit la bouche pour parler. Et ça, tu réalises ce que c'est ?

voulait-elle lui dire en lui faisant un bras d'honneur.

— Baissez la main, Olivia, fit M. Beckam dans un soupir las. Vanessa vient de nous dire quelle réalisait, écrivait et tournait le film. À moins que vous ne souhaitiez postuler pour le rôle de Natasha, je vous suggère de vous concentrer sur votre propre projet

Olivia lui jeta un regard revêche. Elle détestait les professeurs comme M. Beckam. Il était extrêmement aigri car, débarquant du Nebraska, il avait concrétisé son triste rêve de vivre à New York City mais s'était retrouvé en train d'enseigner à une classe de nuls au lieu de réaliser lui-même des films dernier cri et de devenir célèbre.

— Peu importe, fit Olivia, en replaçant ses cheveux foncés derrière ses oreil es, j'imagine que je n'ai pas le temps, de toute façon.

Et c'était le cas.

Olivia était la présidente du Bureau des Services Sociaux et dirigeait le Club de Français ; elle donnait des cours particuliers de lecture aux élèves de cours élémentaire ; elle travail ait à la soupe populaire un soir par semaine, suivait des cours de préparation à l'examen d'entrée à l'université tous les mardis ; et les jeudis après-midi, elle prenait des cours de stylisme avec Oscar de La Renta. Le week-end, elle jouait au tennis pour garder son classement national. En plus de tout cela, elle faisait partie du comité de planification des manifestations sociales pour ceux qui daignaient y participer et son calendrier automne/hiver était booké, booké; booké. Son Palmpilot n’avait jamais assez de mémoire.

Vanessa ralluma les lumières d'un coup et retourna s'asseoir au premier rang.

— C'est bon, Olivia, j'ai besoin d'une blonde pour le rôle de Natasha, de toute façon, dit-elle.

Vanessa défroissa son uniforme sur ses cuisses et s'assit gracieusement, dans une imitation presque parfaite d'Olivia.

En regardant le crâne rasé et piquant de Vanessa, Olivia se fendit d'un sourire narquois et jeta un coup d'œil à M. Beckam qui s'éclaircit la gorge et se leva. Il avait faim et la cloche sonnerait dans cinq minutes.

— Eh bien, c'est tout, les fil es. Vous pouvez partir un peu plus tôt aujourd'hui Vanessa, pourquoi n'accrocheriez-vous pas dans le hall une fiche d'inscription pour votre casting demain ?

Les fil es commencèrent à ranger leurs affaires et sortirent de la salle les unes derrière les autres. Vanessa arracha une feuil e vierge de son cahier et y écrivit les informations nécessaires : Guerre et Anx Court métrage. Casting pour Natasha, mercredi soir; tombée du jour. Madison Square Park, banc du parc angle nord-est.

El e résista au besoin irrépressible d'ajouter une description exacte de la fil e qu'elle recherchait car elle ne voulait foire fuir personne. Mais elle avait une image claire et nette dans la tète, et trouver h fil e de ses rêves ne serait pas évident

Dans l'idéal, sa Natasha serait blonde et pâle, d'un blond sale et naturel. El e ne serait pas d'une beauté trop flagrante mais aurait le genre de visage qui vous donnerait envie de le regarder. El e serait le genre de fil e qui ferait rayonner Dan - pleine de vie et de

rires — , tout le contraire de l'énergie tranquil e de Dan qui brûlait au plus profond de lui et faisait parfois trembler ses mains.

Vanessa jubilait. Rien que de penser à Dan lui donnait l'impression d'avoir envie de faire pipi. Sous ce crâne rasé et cet affreux col roulé noir, elle n'était qu'une fil e.

Reconnaissons-le ; nous sommes toutes les mêmes.

un déjeuner d'affaires..

— Les invitations, les sacs cadeaux et le Champagne. C'est tout ce qu'il nous reste à faire, lança Olivia. (El e prit une tranche de concombre dans son assiette et la grignota pensivement.) Kate Spade doit terminer les sacs cadeaux, mais bon, je sais pas - à votre avis, Kate Spade, c'est pas trop ringard comme marque ?

— Non, Kate Spade c'est parfait, répondit Isabel en attachant ses cheveux au-dessus de sa tête. Enfin, imaginez comme ce sera cool d'avoir un sac à

main noir ordinaire, à la place de tous ces imprimés animaux et de ces merdes militaires que tout le monde porte ! C'est de tellement... mauvais goût, vous ne trouvez pas ?

Olivia hocha la tête.

— Tout à fait, acquiesça-t-elle.

— Hé ! Et mon manteau en peau de léopard ? fit Kati, l'air blessé.

— Oui, mais c'est de la vraie peau de léopard, argumenta Olivia. Ce n'est pas la même chose.

Assises à la cafétéria de Constance, les trois fil es discutaient de Baiser sur les lèvres, la soirée de charité qui permettrait de collecter des fonds au profit

de la Fondation pour les faucons pèlerins de Central Park. Olivia était la présidente du comité chargé de l’organisation, naturellement.

— Ces pauvres oiseaux, soupira Olivia.

Comme si elle en avait quelque chose à foutre de ces fichus

oiseaux….

— Je tiens réellement à ce que cette soirée se passe bien,

poursuivit-elle. Vous venez à la réunion, les fil es, demain, hein ?

— Bien sûr que nous venons, répondit Isabel. Et Serena ? Tu lui as parlé de la soirée ? Est-ce qu’elle va nous aider ?

Olivia la fixa d’un air absent.

Kati fronça son petit nez mutin en trompette et donna un coup de coude à

Isabel.

— Je parie que Serena est trop occupée, vous savez, avec ses

deals en tout genre. Tous ses problèmes. El e n’a probablement pas le temps de nous aider, de toute façon, dit-elle en les gratifiant d’un petit sourire narquois.

Olivia haussa les épaules. À l’autre bout de la cafétéria, Serena en personne venait tout juste de prendre la file d’attente. El e remarqua aussitôt Olivia et lui fit un sourire, agitant joyeusement la main comme pour lui dire :

« J’arrive dans une minute ! » Olivia cligna des yeux, feignant d’avoir oublier de mettre ses lentil es de contact.

Serena fit glisser son plateau sur le comptoir en métal et choisit un yaourt au citron, ignorant tous les plats chauds jusqu’à ce qu’elle arrive devant le distributeur d’eau chaude et se remplisse une tasse. El e ajouta un sachet de thé Lipton une tranche de citron et un paquet de sucre sur la sous-tasse. Puis elle

emporta son plateau jusqu'au bar à salades, garnit son assiette de feuil es de romaine et d'un peu de sauce au bleu. El e aurait préféré le croque-monsieur jambon-fromage de la Gare du Nord à Paris, avalé à la hâte avant de sauter dans le train pour Londres mais c'était presque aussi bon. C'était le même déjeuner que celui qu'elle avait pris à Constance chaque jour depuis la sixième. Olivia aussi prenait toujours la même chose. El es l'appelaient le «

plateau régime ».

Olivia observa Serena se servir de salade, redoutant le moment où, dans toute sa splendeur, el e viendrait s'asseoir à côté d'elle et recommencerait à

essayer de rénover leur amitié. Pouah !

— Salut les fil es ! lança Serena, tout sourire, en s'installant à côté d'Olivia. Comme au bon vieux temps, hein ?

El e rit et retira le couvercle de son yaourt. Les poignets de la vieil e chemise de son frère étaient râpés et des fils pendouil aient dans le petit-lait du yaourt

— Bonjour, Serena, lancèrent Kati et Isabel en chœur.

Olivia leva les yeux sur Serena et retroussa les coins de ses lèvres bril antes. Ça ressemblait à un sourire.

Serena touil a son yaourt et désigna le plateau d'Olivia d'un signe de tête. Il restait des morceaux de bagel, du fromage à tartiner et des concombres étaient éparpil és un peu partout.

— J'ai l'impression que tu as laissé tomber le plateau régime, observa-telle.

— Possible, répondit Olivia.

El e écrasa avec son pouce un morceau de fromage à tartiner sur sa serviette en papier et fixa,

ahurie, la tenue débrail ée de Serena. Sympa de porter les vieil es fringues de votre frère quand vous êtes en troisième et en seconde. Cool, dans ces classes-là. Mais en terminale ?? Ça faisait tout simplement... crade.

— Bon, mon emploi du temps craint vraiment, dit Serena en léchant sa cuil ère. Je n'ai pas un seul cours avec vous, les fil es.

— Hum, c'est parce que tu ne suis pas de CA, fit remarquer Kati.

— Tu as de la chance, soupira Isabel. J'ai tellement de travail que je n'ai même pas le temps de dormir.

— Au moins, j'aurai davantage de temps pour faire la fête, déclara Serena. (El e donna un coup de coude à Olivia.) Qu'est-ce qu'il y a de prévu ce moisci, au fait ? Je me sens complètement exclue. Olivia s'assit bien droite, attrapa sa tasse en plastique et constata qu'elle était vide. El e savait qu'elle devrait parler à Serena de la soirée Baiser sur les lèvres, que celle-ci pourrait les aider à la préparer et que tout cela serait bien sympa. Mais, quelque part, elle n'arrivait pas à se résoudre à lui en parler. Serena se sentait exclue ? Très bien. Olivia ne tenait pas à ce que cela change.

— II n'y a pas grand-chose en vue. Pas grand-chose de prévu d'ici Noël, mentit-elle en avertissant Kati et Isabel d'un regard.

— Vraiment ? rétorqua Serena, déçue. Bon. Et ce soir ? Vous voulez pas sortir, les fil es ?

Olivia tança un coup d œil rapide à ses amies. El e était on ne peut plus partante pour sortir mais c’était mardi. Le maximum qu'elle faisait un mardi soir, c'était louer un film avec Nate. D'un seul coup, Olivia se sentit sérieusement vieil e et rasoir. Comptez sur Serena pour vous donner l'impression d'être rasoir !

J'ai un exam en CA de français, demain. Désolée, Serena, dit

Olivia. (El e se leva.) En fait, j'ai rendez-vous avec Mme Rogers dans deux minutes.

Serena fronça les sourcils et se mit à ronger l'ongle de son pouce, nouvelle habitude qu'elle avait prise au pensionnat.

Eh bien, peut-être que je passerai un coup de fil à Nate. Il sortira avec moi, dit-elle.

Olivia attrapa son plateau et résista à l'envie de le balancer violemment au visage de Serena. Touche pas à Nate ! avait-elle envie de hurler, en sautant sur la table, style ninja. Hiyeeh-yah !

Je vous vois plus tard, les fil es, lança-t-elle en s'en allant avec raideur.

Serena soupira et enleva d'une chiquenaude une feuil e de laitue de son assiette. Olivia commençait à être extrêmement gonflante. Quand allaient-elles s'éclater à nouveau? El e regarda Kati et Isabel, pleine d'espoir, mais elles aussi étaient sur le départ

J'ai une réunion débile avec un conseil er pédagogique pour la

fac, dit Kati.

Et je dois monter en salle de dessin ranger ma peinture, ajouta Isabel.

Avant que tout le monde la voie? plaisanta Kati.

Oh, la ferme ! rétorqua Isabel.

El es se levèrent avec leurs plateaux.

C'est bon que tu sois de retour, Serena, lança Kati de sa voix la plus hypocrite.

— Ouais, acquiesça Isabel. C’est vraiment bon.

Et el es s'en allèrent.

Serena tourna et retourna sa cuil ère dans son pot de yaourt en se demandant ce qu'elles avaient toutes. El es se comportaient si bizarrement. Qu'est-ce que j'ai fait ? se demanda-t-elle en rongeant l'ongle de son pouce. Bonne question.

gossipgirl.net

thèmes < précédent suivante > envoyer une question répondre Avertissement : tous les noms de lieux, personnes et événements ont été modifiés ou abrégés afin de protéger les innocents. En l'occurrence, moi

salut à tous !

OÙ SONT LES GARÇONS?

Merci à tous d'avoir écrit, même si pour la plupart vous n'aviez pas grandchose à dire au sujet de S ou de 0. Vous vouliez juste en savoir plus sur les garçons.

Vos e-mails

Q : Chère gg,

D a l'air trop mignon. Pourquoi craque-t-il pour S ?

C'est qu'une pétasse I

Bebe

R : Chère Bebe,

J'ai appris par hasard que D n'était pas aussi innocent que ça. Il a été

impliqué dans une espèce de trafic de shit un peu spécial en colo d'été

en quatrième.

GG

Q : Chère GG,

Que fait N à l'heure du déjeuner ? Je vais à l’école à côté de la sienne et je me demande si j'ai pu le croiser sans m'en rendre compte. Mince alors !

TimideGirl

OK, si tu tiens vraiment à le savoir, alors je vais te le dire. St. Jude laisse sortir ses élèves de terminale à l'heure du déjeuner. Donc en ce moment, N est probablement en route pour cette petite pizzeria à l'angle de la 18* et de Madison. Chez Vino's ? Vinnie ? Peu importe. Quoi qu'il en soit, ils font d'excellentes pizzas et l'un des livreurs vend du très bon hasch.

N est l'un de ses habitués. Comme un groupe de gosses de l'École traîne en général devant la pizzeria , N s'arrêtera pour flirter avec cette fil e que j'appellerai Claire, qui joue les timides et fait semblant de ne pas parler anglais, alors qu'en fait el e est vraiment nulle en français et c'est une grosse traînée. N a un petit gag mignon : il achète deux parts et en offre toujours une à Claire. El e la lui garde pendant qu'ils discutent et finit par manger un tout petit bout de sa pizza. Puis N lui sort : « J'arrive pas à y croire, tu manges ma pizza ! » puis il la lui arrache des mains, et dévore le tout en deux minutes. Ça fait rire Claire tellement fort que ses nichons ressortent presque de sa chemise. Les fil es de l'École portent toutes des fringues hyper moulantes, des jupes courtes et de hauts talons. El es sont disons, les pouffiasses du système scolaire de l'Upper East Side. N aime flirter avec elles et, jusqu'à présent ce n'est pas allé plus loin. Mais si O continue à se contenter de l'allumer; il risque de donner à Claire autre chose qu'un morceau de sa pizza. Mais cette fois, Claire l'a surpris quand elle lui a demandé si était au courant pour S. Claire prétend avoir entend dire que non seulement S est tombée enceinte l'an dernier mais qu'elle a accouché en France. Son bébé

s'appelle Jules, il est en pleine forme et vit à Marseil e. Quant à D. Il est une fois de plus assis devant la cour de Riverside Prep, à

lire de la poésie en mangeant un sandwich au beurre de cacahuètes. Je sais que ça fait pathétique, mais ne vous inquiétez pas pour D. Son heure viendra. Restez à l'écoute !

ON A VU

K rapporter un sac à main rose genre militaire chez Barneys. Personnellement, je trouvai que son sac était mignon. Mais quelqu'un a dû

réussi à l’en dissuader.

Vous m'adorez, ne dites pas le contraire

Gossip girl

Messages

« Salut, Nate, c'est Serena. Je t'appelais juste pour savoir ce que tu faisais de beau. Je m'étais dit qu'on pourrait peut-être sortir ce soir, mais tu sais quoi ? Je suis crevée. Il n'est que dix heures mais je crois que je vais me coucher. Je te vois ce week-end de toute façon, OK ? J'ai hâte. Je t'aime. Fais de beaux rêves. »

Serena raccrocha. Sa chambre était plongée dans un profond silence. Même la 5e Avenue était calme, à l'exception d'un taxi qui passait de temps à

autre.

De son grand lit à baldaquin, elle pouvait voir la photo de sa famil e dans un cadre argenté, prise en Grèce quand elle avait douze ans. Le capitaine du voilier qu'ils avaient loué avait pris le cliché. Ils étaient tous en mail ot de bain et son frère Erik, quatorze ans à l'époque, déposait un gros baiser mouil é sur la joue de Serena tandis que leurs parents les regardaient en riant Serena avait eu ses règles pour la première fois durant ce voyage. El e avait été

tellement gênée qu'elle n'avait pas osé en parler à ses parents mais comment faire, coincé sur ce bateau ? Ils avaient jeté l'ancre sur l’île de Rhodes et pendant que ses parents faisaient de la plongée et Serena et Erik étaient censés prendre des cours de planche à voile, Erik avait gagné la côte à la nage, volé une Vespa et acheté des tampons maxi-absorbants. Il les avait rapportés dans un petit sac en plastique, noué au-dessus de sa tête. Son héros.

Serena avait jeté ses sous-vêtements complètement foutus par-dessus bord. Ils étaient encore probablement collés sur un récif, quelque part. À présent, Erik était étudiant en première année à Brown et Serena n'avait jamais l'occasion de le voir. L'été dernier, il l'avait accompagnée en France mais ils avaient passé tout leur temps à draguer ou à se faire draguer et n'avaient donc pas vraiment eu l'occasion de discuter.

Serena décrocha de nouveau le téléphone et appuya sur la touche

«numérotation rapide» de l'appartement de son frère en dehors du campus. Le téléphone sonna dans le vide jusqu'à ce qu'un système de messagerie vocale prenne le relais.

« Si vous voulez laisser un message à Dil on, tapez 1. Si vous voulez laisser un message à Tim, tapez 2. Si vous voulez laisser un message à

Drew, tapez 3. Si vous voulez laisser un message à Erik, tapez 4. »

Serena appuya sur la touche 4, puis hésita. «Salut... C'est Serena. Désolée de ne pas t'avoir appelé plus tôt. Mais tu aurais pu m'appeler toi aussi, espèce d'enfoiré ! J'étais coincée à Ridgefield, à m'emmerder comme un rat mort jusqu'à ce week-end et me voilà de retour en vil e. J'ai repris le lycée aujourd'hui. C'est assez bizarre. En fait, c'était vraiment chiant. Tout le monde est... Tout est... Je sais pas... C'est étrange. Enfin, bref, appelle-moi. Ton cul poilu me manque. Je t'enverrai un colis surprise plein de bonnes choses dès que possible. Je t'aime. Bye. »

la vie est fragile et absurde

— Tu déconnes à fond, Dan! lança Jenny Humphrey à son frère. Ils étaient assis à la table de la cuisine de leur grand cinq pièces de West End Avenue qui tombait en ruine, au dixième étage d'un immeuble. C'était un appartement ancien mais magnifique, avec de hauts plafonds de quatre mètres, des tas de fenêtres par lesquelles le soleil entrait à flots, d'immenses placards et de gigantesques baignoires à pieds. Cependant l'appartement n'avait pas été rénové depuis les années quarante. Les murs étaient infiltrés d'eau et tout fendus, et les planchers éraflés et ternes. De gros moutons de poussière datant de Mathusalem s'étaient accumulés comme de la mousse dans les coins et le long des plinthes. Une fois de temps en temps, Rufus Humphrey, le père de Jenny et de Dan, embauchait une entreprise de nettoyage pour récurer l'appartement de fond en comble, et leur énorme chat, Marx, s'occupait des cafards, mais la plupart du temps, leur appartement n'était qu'un grenier cosy et négligé. Le genre d'endroit dans lequel vous penseriez dénicher une flopée trésors, telles des photographies anciennes,

chaussures d'époque ou un os remontant au dîner de Noël de l'année précédente.

Jenny grignotait un demi-pamplemousse et sirotait une tasse de thé à

la menthe. Depuis qu'elle avait eu ses règles au printemps dernier, elle mangeait de moins en moins. Tout ce qu'elle avalait atterrissait sur ses seins de toute façon. Les habitudes alimentaires de sa petite sœur inquiétaient Dan mais Jenny avait plus de cran et d'énergie que jamais; alors comment auraitil pu la juger ? Par exemple, il ignorait que Jenny achetait presque tous les jours un pain gril é au beurre et aux pépites de chocolat dans une petite épicerie fine sur Broadway en allant à l'école.

Pas vraiment la stratégie idéale pour perdre de la poitrine.

Dan dévorait un beignet au chocolat de chez Entenmann - son deuxième - et buvait du café instantané aromatisé avec du Coffee-mate et quatre cuil-lerées de sucre. Il adorait le sucre et la caféine, probablement l'une des raisons pour lesquelles ses mains tremblaient. Dan n'était pas du genre à

prendre soin de sa santé. Il aimait marcher sur le fil du rasoir. Tout en mangeant, Dan lisait le script du court métrage de Vanessa Abrams, film dans lequel il était censé jouer. Il n'arrêtait pas de lire et de relire la même réplique, comme un mantra : La vie est fragile et absurde.

— Dis-moi que t'en as rien à faire que Serena van der Woodsen

soit de retour ! le provoqua Jenny. El e fourra un morceau de pamplemousse dans sa bouche et le suçota.

Puis el e introduisit ses doigts dans sa bouche, sortit le truc à la peau blanche et pulpeuse et le déposa sur son assiette.

Si tu la voyais ! poursuivit-elle. El e est si incroyablement cool. Comme si elle avait un tout nouveau look. Je ne parle pas de ses fringues ; c'est son visage. El e fait plus vieil e, mais pas comme si elle avait des rides ou rien de ce genre. Un peu comme si elle était Kate Moss ou un mannequin qui, disons, avait tout fait, tout vu, été partout et réapparaissait d'un coup. El e fait hyperexpérimentée.

Jenny attendait que son frère lui réponde mais il se contentait de fixer sa tasse de café.

La vie est fragile et absurde.

— Tu ne veux même pas la voir ? insista Jenny.

Dan songea à ce qu'il avait entendu Chuck Bass raconter au sujet de Serena. Il n'avait pas voulu le croire mais si Serena avait l'air aussi expérimentée que le prétendait Jenny, peut-être que ce que Chuck avait dit était vrai. Peut-être que Serena était bel et bien la fil e la plus salope, la plus droguée, la plus MSTisée de New York.

Dan haussa les épaules et montra du doigt les cadavres de pamplemousses qui s'entassaient sur l'assiette de Jenny.

— C'est n'importe quoi, lui lança-t-il Tu ne peux pas manger une Pop-Tart ou autre chose, comme une personne normale ?

— Qu'est-ce que ça a de mal de manger du pamplemousse ? dit Jenny. C'est rafraîchissant

— Te voir en manger comme ça n'est pas rafraîchissant par contre. C'est dégoûtant, répliqua Dan.

Il fourra le reste de son beignet dans sa bouche et lécha le chocolat sur ses doigts, veil ant à ne pas tacher son script accidentellement

— Alors ne me regarde pas, rétorqua Jenny. Quoi qu'il en soit, tu n'as pas répondu à ma question.

Dan leva les yeux.

— Quelle question ?

Jenny mit ses coudes sur la table et se pencha en avant.

— Sur Serena. Je sais que tu as envie de la voir.

Dan reposa les yeux sur son script et haussa les épaules.

— N'importe quoi ! répliqua-t-il.

— C'est ça, n'importe quoi, répéta Jenny en levant les yeux au ciel. Écoute, il y a cette soirée vendredi en huit. C'est une espèce de grosse soirée de charité hyper chic pour sauver les faucons pèlerins de Central Park. Tu savais qu'il y avait des faucons à Central Park? Pas moi. Bref, c'est Olivia Waldorf qui l'organise et tu sais qu'elle et Serena sont les meil eures amies du monde, donc Serena sera forcément présente. Dan continua à lire son script, ignorant royalement sa sœur. Et Jenny poursuivit, ignorant royalement que son frère l'ignorait.

Bref, tout ce qu'on a à faire, c'est trouver le moyen de se faire inviter à cette soirée, reprit Jenny.

(El e attrapa une serviette en papier sur la table, en fit une balle et l'envoya à

la tête de son frère.) Dan, s'il te plaît ! l'implora-t-elle. On doit y aller !

Dan repoussa le script et regarda sa sœur. Ses yeux noisette étaient tristes et sérieux.

— Jenny, dit-il, je ne veux pas aller à cette soirée.

Vendredi prochain, je vais probablement passer la soirée chez Deke à jouer à

la PlayStation et ensuite

j'irai traîner à Brooklyn avec Vanessa, sa sœur, leurs amis. Comme tous les vendredis soir.

Jenny donna un coup aux pieds de sa chaise comme une petite fil e.

Mais pourquoi, Dan ? Pourquoi tu ne veux pas aller à cette soirée ?

Dan secoua la tête et la gratifia d'un sourire amer.

Parce que nous n'avons pas été invités ? Parce que nous ne serons pas invités ? Laisse tomber, Jen. Je suis désolé mais c'est comme ça. Nous ne sommes pas comme eux, tu le sais. Nous ne vivons pas dans le même monde que Serena van der Woodsen, Olivia Waldorf ou aucun d'entre eux.

Oh, t'es qu'une mauviette ! Tu me rends folle ! s'écria Jenny en roulant les yeux.

El e se leva, jeta ses assiettes dans l'évier et les frotta avec acharnement à

l'aide d'un tampon à récurer. Puis elle virevolta sur el e-même et mit ses mains sur les hanches. El e portait une chemise de nuit de flanelle rose et ses cheveux châtains frisés étaient en pétard car elle était allée se coucher les cheveux mouil és. El e avait l'air d'une mini-femme au foyer mal lunée, avec des seins dix fois trop gros pour son corps.

Je me fiche de ce que tu dis. J'irai à cette soirée ! insista-t-elle.

Quelle soirée ? demanda leur père en surgissant sur le pas de la porte de la cuisine.

S'il existait une récompense du père le plus embarrassant de l'univers, Rufus Humphrey l'aurait remportée haut la main. II portait un marcel blanc tache de sueur, un boxer-short rouge à carreaux et se grattait l'entrejambe. Il ne s'était pas rasé depuis plusieurs jours et sa barbe grise semblait pousser de manière

totalement anarchique. À certains endroits, elle était longue et épaisse, mais entre les deux, des morceaux de peau restaient imberbes, et d'autres, tout hirsutes et broussail eux. Ses cheveux gris frisés étaient emmêlés et ses yeux noisette, chassieux. Une cigarette était coincée derrière chacune de ses oreil es.

Jenny et Dan observèrent leur père un instant, en silence.

Puis Jenny soupira et retourna à sa vaisselle.

— C’est rien, dit-elle.

Un petit sourire narquois aux lèvres, Dan se cala dans sa chaise. Leur père détestait l’Upper East Side et tous ses artifices. S'il avait envoyé Jenny à Constance, c'était uniquement parce que c'était une excellente école et parce qu'il sortait avec l'une des professeurs d'anglais. Mais il ne supportait pas l'idée que Jenny pût être influencée par ses camarades de classe ou par ces « débutantes », pour reprendre son expression.

Dan sentait que cette nouvelle plairait à leur père.

— Jenny veut aller à une soirée de charité snob la semaine prochaine, lui dit-il.

M. Humphrey prit une cigarette derrière son oreil e et la fourra dans sa bouche, jouant avec elle entre ses lèvres.

— Une soirée de charité au profit de quoi? demanda-t-il.

Dan balança sa chaise d'avant en arrière, l'air extrêmement suffisant. Jenny se retourna et lui lança un regard furieux, le défiant de continuer.

— Écoute ça, poursuivit Dan. C'est une soirée de charité en vue de collecter des fonds pour ces faucons pèlerins qui vivent à Central Park. Ils vont probablement construire, je sais pas moi, des hôtels

particuliers pour les oiseaux ou un truc du genre. Comme s'il n’y avait pas des mil iers de SDF à qui cet argent pourrait être utile.

— Oh, la ferme ! lança Jenny, furieuse. Tu crois tout savoir. C'est juste une soirée à la con ! J'ai jamais dit que c'était une grande cause.

— Tu appelles ça une cause ? tonna son père. Tu n'as pas honte ? Si ces gens veulent protéger ces oiseaux, c'est uniquement parce qu'ils sont beaux. Parce qu'ils leur donnent l'impression d'être à la campagne, dans un coin sympa, dans leur résidence secondaire du Connecticut ou du Maine. Ils sont décoratifs. Laisse les rentiers s'occuper d'une œuvre de charité qui ne fait aucun bien à personne !

Jenny s'adossa au bar de cuisine, fixa le plafond et fit la sourde oreil e. El e avait déjà entendu ce discours auparavant. Ça ne changeait rien. El e tenait malgré tout à aller à cette soirée.

— Je veux juste m'amuser, dit-elle, bornée. Pourquoi en faire tout un plat ?

— Parce que tu vas commencer à t'habituer à ces débilités de débutantes niaises et que tu vas devenir une grosse frimeuse comme ta mère qui passe son temps à traîner avec des gens riches parce qu'elle a trop peur de réfléchir par elle-même ! cria son père. (Son visage poilu devenait rouge vif.) Mince alors, Jenny ! Tu me fais penser à ta mère chaque jour un peu plus. Dan se sentit brusquement très mal.

Leur mère était partie à Prague avec un comte ou un prince ou autre chose de ce genre et elle était quasiment devenue une femme entretenue, laissant le comte ou le prince ou l'autre chose de ce genre la

vêtir et l'emmener dans des hôtels à travers tonte l'Europe. Tout ce qu'elle faisait de ses journées, c'était du shopping, manger, boire et peindre des tableaux de fleurs. El e leur écrivait des lettres et leur envoyait un cadeau de temps en temps. À Noël dernier, elle avait envoyé à Jenny une robe paysanne d'Al emagne. El e était dix fois trop petite pour elle. Ce n'était pas gentil de la part de son père de dire à Jenny qu'elle lui faisait penser à sa mère. Ce n'était pas gentil du tout

Jenny semblait à deux doigts de se mettre à pleurer.

—Arrête, papa, dit Dan. Nous n'avons pas été invités à cette soirée de toute façon. Donc nous n'y serions pas allés, même si nous en avions eu envie.

—C'est bien ce que je disais ! s'exclama M. Humphrey, triomphant Pourquoi voudriez-vous traîner avec ces snobs de toute façon ?

Jenny fixait le sol dégoûtant de la cuisine d'un air vague.

Dan se leva.

—Habil e-toi vite, Jen, dit-il d'un ton doux. Je t'accompagne à ton arrêt de bus.

n reçoit une e-vitation

Dans l'intervalle de six minutes entre la première doche signalant la fin du cours de latin et la deuxième annonçant le début du cours de gym, Nate se glissa furtivement dans la salle informatique de St Jude, l'École de garçons. Tous les mercredis, Olivia et lui avaient pris l'habitude de s'envoyer un petit mot d'amour rapide par e-mail - d'accord, c'était l'idée d'Olivia - pour les aider à supporter la semaine gonflante de cours. Plus que deux jours avant le week-end, avant de passer autant de temps que possible ensemble. Mais aujourd'hui, Nate ne pensait même pas à Olivia. Il voulait savoir comment allait Serena. Hier soir, elle lui avait laissé un message sur son répondeur pendant qu'il regardait jouer les Yankees avec ses potes. Sa voix lui avait paru triste, solitaire et très lointaine alors qu'elle n'habitait qu'à un pâté de maisons et demi de chez lui. Nate n'avait jamais senti Serena aussi mal. Et depuis quand Serena van der Woodsen se couchait-elle avec les poules ?

Nate s'assit devant l'un des P.C. ronflants. Il cliqua sur l'icône « Nouveau Message » et envoya son e-mail à l'ancienne adresse électronique de Serena à

Constance. Il ignorait si elle le consulterait ou non mais cela valait le coup d'essayer.

A: serenavc3w@constancebillard.edu

De: narchibald@stjudes.edu

Salut ! Qu'est-ce que tu deviens ? J'ai eu ton message hier soir. Désolé, je n'étais pas là. Je te verrai vendredi quoi qu'il en soit, d'accord ?

Affectueusement, Nate.

Puis il ouvrit ses e-mails. Surprise, surprise, il y en avait un d'Olivia. Ils ne s'étaient pas parlé depuis la fête de sa mère voilà deux soirs.

A: narchibald@stjudes.edu

De: oliviaw@constancebillard.edu

Cher Nate,

Tu me manques. La soirée de lundi était censée être

exceptionnelle. Avant que nous ne soyons interrompus, j'avais 1 'intention de faire ce dont nous parlons depuis

un moment. J'imagine que tu vois de quoi je parle. Le timing était mauvais, je suppose. Je voulais juste te dire que j'étais prête. Avant je n'étais pas prête mais

maintenant, si. Ma mère et Cyrus ne seront pas là

vendredi et j'aimerais vraiment que tu viennes dormir chez moi. Je t'aime. Appelle-moi.

Affectueusement,

Olivia.

Nate lut deux fois le message d'Olivia puis ferma le fichier pour ne plus avoir à le regarder. On n'était que mercredi. Était-ce possible qu'Olivia ne découvre pas la vérité sur Serena et lui d’ici vendredi, alors

qu'elle voyait Serena tous les jours en cours, qu'elles étaient les meil eures amies du monde et qu'elles se disaient tout? Les probabilités étaient nulles. Et Chuck Bass ? On ne pouvait pas dire qu'il savait garder des secrets. Nate frotta vigoureusement ses beaux yeux verts. Peu importait comment Olivia découvrirait la vérité. D'une façon ou d'une autre, il était gril é. Il essaya de trouver un plan mais le seul qui lui vint à l'esprit fut d'attendre et de voir ce qui se passerait lorsqu'il verrait Olivia vendredi soir. Ça ne servait à rien de se prendre la tête d'ici là.

La porte de la salle informatique s'ouvrit et Jeremy Scott Tompkinson passa la tête par l'entrebâil ement.

— Salut, Nathaniel, on sèche la gym. Tu viens jouer au foot avec nous au parc ?

La deuxième cloche sonna. Nate était de toute façon en retard au cours de gym et après la gym, c'était la pause déjeuner. Sécher lui semblait une excellente idée.

— Ouais, d'accord, répondit Nate. Attends une seconde. (Il cliqua sur l'email d'Olivia, le fit glisser sur l'écran et le mit directement à la corbeil e.) OK, dit-il en se levant. On y va.

Humm, s'il l'aimait vraiment, il aurait probablement sauvegardé son e-mail ou y aurait au moins répondu, non ?

C'était une journée d'octobre ensoleil ée à Central Park. À Sheep Meadow, des tas de gamins séchaient les cours, traînassaient dans l'herbe, fumaient ou jouaient au frisbee. Les arbres qui bordaient la

pelouse resplendissaient de jaune, d'orange et de rouge et, au-delà des arbres, se dressaient indistinctement les vieux immeubles d'habitation somptueux de Central Park West. Un type vendait de l'herbe et Anthony Avuldsen lui en prit pour l'ajouter à la dose que Nate avait achetée hier midi à la pizzeria. Nate, Jeremy, Anthony et Charlie Dern se roulèrent un joint gigantesque tout en dribblant un ballon de foot sur la pelouse. Charlie tira sur le joint avant de le passer à Jeremy. Nate lui lança la balle et Charlie trébucha dessus. Il mesurait un mètre quatre-vingt-deux et sa tête était trop grosse pour son corps. Tout le monde l'appelait Frankenstein. Grand blond athlétique par excellence, même défoncé, Anthony plongea pour attraper la balle, la jeta en l'air et l'envoya à Jeremy. El e frappa de plein fouet le torse chétif de Jeremy qui la fit rouler par terre et la dribbla entre ses pieds.

— Merde, c'est fort ce truc ! s'exclama Jérémie en remontant son pantalon.

Il glissait constamment sur ses hanches osseuses même si sa ceinture était bien serrée.

— Ouais, c'est vrai, en convint Nate, je plane complètement !

Ses pieds le grattaient. Comme si l'herbe poussait à travers les semelles en caoutchouc de ses chaussures de sport

Jérémie arrêta de dribbler.

— Hé, Nate, t'as revu Serena van der Woodsen ? lui demanda-t-il. J'ai entendu dire qu'elle était de retour.

Nate fixa la balle des yeux, regrettant de ne pas l'avoir en main pour pouvoir dribbler à travers

champs et faire comme s'il n'avait pas entendu la question de Jeremy. Il sentait que les trois autres garçons le regardaient. Il ôta sa chaussure gauche pour se gratter la plante du pied. Qu'est-ce que ça le démangeait !

— Ouais, je l'ai vue lundi, dit-il nonchalamment, en sautil ant d'un pied sur l'autre.

Charlie s'éclaircit la gorge et cracha dans l'herbe.

— À quoi elle ressemble? demanda-t-il. J'ai entendu dire qu'elle a eu des tas de problèmes à l'Hanover Academy.

— Moi aussi, renchérit Antony en suçotant le filtre de leur pétard. Il paraît qu'elle s'est fait virer parce qu'elle a couché avec tout un groupe de mecs dans sa chambre. Sa copine de dortoir l'a balancée. (Il rit.) Comme si elle avait pas les moyens de se payer une chambre d'hôtel !

Charlie s'esclaffa :

— Il paraît qu'elle a un gosse. Je déconne pas ! Elle l'a eu en France et l'a laissé là-bas. Ses parents raquent pour qu'il soit élevé dans un couvent français chic. On se croirait dans un putain de film, les mecs !

Nate n'arrivait pas à croire ce qu'il entendait. Il jeta sa chaussure et s'assit dans l'herbe. Puis il enleva son autre chaussure et ses chaussettes. Il ne dit rien ; il resta assis à se gratter les pieds.

— Vous imaginez Serena avec tous ces mecs dans sa chambre ? « Oui, bébé, plus fart, plus fort ! » (Jeremy s'affala dans l'herbe, frotta son ventre maigre et gloussa hystériquement.) Oh, les mecs !

— J'me demande si elle sait qui est le père, dit Antony.

Il paraît qu'il y avait aussi un gros trafic de drogue là-bas, renchérit Charlie. El e dealait et elle est devenue accro à sa drogue. El e a passé l'été en désintoxication en Suisse. Après la naissance du bébé, j'imagine.

— Waouh, quelle merde ! s'exclama Jeremy.

Y a bien eu quelque chose entre vous deux, non, Nate ? s'enquit Charlie.

Où t'as entendu ça? lui demanda Nate en fronçant les sourcils.

Charlie secoua la tête, tout sourire.

Je sais pas, mec Dans le coin. Où est le problème ? El e est

chaude !

Ouais, bon, j'ai connu plus chaude, répliqua Nate qui le regretta immédiatement

Qu'est-ce qu'il racontait ?

Ouais, Olivia est chaude, elle aussi, je suppose, dit Charlie.

Je parie qu'elle est super bonne au lit, ajouta Jérémie.

— Il est crevé rien que d'y penser i fit Anthony en montrant Nate du doigt et en pouffant bêtement

Nate rit et secoua la tête, essayant de chasser leurs paroles de son esprit. Il s'allongea dans l'herbe et fixa le ciel bleu sans nuage. S'il penchait la tête dans l'autre sens, il pourrait discerner les toits des appartements de grand standing qui bordaient la 5e Avenue, y compris celui de Serena et celui d'Olivia. Nate laissa retomber son menton pour ne plus voir que le ciel bleu. Il était trop raide pour penser à tout ça. Il ne prêta plus attention à ce que racontaient ses potes et essaya de s'éclairer les idées, de se vider la tête pour qu'elle soit aussi limpide et bleue que le ciel.

Mais il ne parvint pas à chasser de son imagination les images d’Olivia et de Serena qui flottaient, nues, au dessus de sa tête. « Tu m’adores, ne dis pas le contraire. », disaient-elles. Nate sourit et ferma les yeux. gossipgirl.net

Thèmes : précédent suivant ► envoyer une question répondre Avertissement : tous les noms de lieux, personnes et événements ont été modifiés ou abrégés afin de protéger les innocents. En l'occurrence, moi.

Salut à tous !

Je sais, ça ne fait pas longtemps. Mais je ne peux pas résister à l’envie d’écrire encore sur N, mon nouveau sujet préféré. Il est tellement craquant, après tout ! Même si parfois, il n’a pas de couil es.

DEFONCE A CENTRAL PARK

En fait, mon nouveau sujet préféré, ce sont les Waspoïdes, la version bon chic bon genre du défoncéoïde moyen ou du camé bon shit bon genre. Contrairement au défoncéoïde moyen, le Waspoïde n’est pas branché jeux d’arcades en ligne, ni skateboard ni bouffe végétarienne. Il a une coupe de cheveux craquante et une belle peau. Il sent bon, il porte les pulls de cachemire que lui achète sa petite copine, il a des notes correctes en classe et il est tout gentil avec sa maman. Il fait du bateau et joue au foot. Il sait faire un nœud de cravate. Il danse bien. Il est sexy ! Mais le Waspoïde ne s’investit jamais dans rien ni avec personne jusqu’au bout. Ce n’est pas un battant et il ne dit jamais ce qu’il a en tête. Il ne prend pas de risque, raison pour laquelle c’est tellement risqué de tomber amoureuse de lui.

Vous avez probablement remarqué que je suis tout le contraire de lui ; je ne sais jamais quand je dois la fermer ! Et je crois sincèrement que les contraires s’attirent. Je dois avouer que je suis en train de devenir une groupie du Waspoïde.

Vos e-mails

Q : Chère Gossip Girl,

J’ai fait le rapprochement avec le N qui trainail e sur une couverture à

Central Park. Du moins, je pense qu’il s’agit du même N. il a plein de taches de rousseur, non ? Est-ce qu’il sent la lotion solaire et l’herbe ?

Blanketbaby

R : Chère blanketbaby,

Humm. Ça se pourrait bien.

GG

ON A VU

O acheter des préservatifs à la pharmacie Zitomer. Des Lifestyles extralongs super excitants ! Ce qui m’intrigue, c’est comment elle a deviné quelle tail e acheter. J’imagine qu’ils ont tout fait sauf ça. Après, O s’est offert une petite gâterie — sans mauvais jeux de mots ! — à l’institut de beauté J Sisters : sa première épilation du mail ot à la cire. Aie ! Mais croyez –moi, ça vaut le coup. On a aussi surpris S à la poste envoyé un gros paquet. Des habits de bébé de chez Barneys pour son gosse français, peut-être ? Et I et K, au 3

Guys Coffee Shop, de nouveau en train de manger des frites et de boire du chocolat chaud. El es

Venaient juste de rapporter ces jolies petites robes qu’elles avaient achetées chez Bendel’s l'autre jour – zut alors, seraient-elles en train de prendre du poids ? - et discutaient de la tenue qu'elles pourraient bien mettre â la soirée Baiser sur les lèvres. Dommage pour elles. Ce n'est pas une soirée en toge !

Vocabulaire

Puisque bon nombre d'entre vous me le demandent, je vais répondre a la grande question qui vous taraude tous depuis que vous avez appris que la prochaine soirée serait au profit des faucons pèlerins.

Ok, selon édition intégrale de mon petit dictionnaire bien pratique : Faucon : n, m. Tout oiseau de proie de la famil e des Falconidae, notamment du genre Falco, généralement caractérisé par de longues ailes pointues, un bec crochu avec une encoche en forme de dent de chaque côté du bec supérieur et un vol rapide et agile notamment sur les proies faciles ; certaines espèces de faucons sont en voie de disparition. Faucon pèlerin : faucon très répandu à travers le monde. Falco perigrinus, très utilisé dans la fauconnerie en raison de son agilité.

I

Je sus sûre que cette définition vous a tous mis sur le cul ! Mais j’essaie juste de vous mettre au parfum,

C’est mon boulot !

À bientôt au parc !

Vous m'adorez, ne dites pas le contraire.

Gossip girl

s essaie de s'améliorer

— Eh bien, c'est merveil eux que vous soyez de retour parmi nous, ma chère ! dit à Serena Mme Glos, la conseil ère pédagogique de Constance. El e saisit ses lunettes sur la chaîne en or autour de son cou et les glissa sur son nez de façon à pouvoir étudier l'emploi du temps de Serena posé sur son bureau.

— Voyons voir à présent Humm. Oui, bien, marmonna-t-elle en relisant l’emploi du temps.

Serena était assise en face de Mme Glos, les jambes croisées, attendant patiemment. Aucun diplôme n'ornait les murs de son bureau, aucune preuve de la moindre habilitation, juste des photos de ses petits-enfants. Serena se demanda si Mme Glos avait jamais fréquenté l'université. Si elle devait vous donner des conseils sur le sujet, autant les expérimenter avant, non ?

Mme Glos s'éclaircit la gorge.

— Oui, bien, votre emploi du temps est parfaitement acceptable. Pas exceptionnel, remarquez, mais convenable. Je suppose que vous allez y remédier en pratiquant des activités parascolaires, non ?

Serena haussa les épaules. Si boire du Pernod et

danser nue sur la plage de Cannes sont des activités parascolaires... alors comptez sur moi !

— Pas vraiment, dit-elle. En fait, je ne suis inscrite à aucune activité en ce moment.

Mme Glos ôta ses lunettes. Ses narines devinrent rouge vif et Serena se demanda si el e allait se mettre à saigner du nez. Les saignements de nez de Mme Glos étaient légendaires. Sa peau était extrêmement pâle, tirant sur le jaune. Toutes les fil es pensaient qu'elle souffrait d'une affreuse maladie contagieuse.

Aucune activité extrascolaire ? Mais que faites-vous pour vous

perfectionner ?

Serena gratifia Mme Glos d'un regard courtois mais ébahi.

Qui avait dit qu'elle avait besoin de se perfectionner ?

Je vois. Bon. Nous allons bien devoir vous inscrire quelque part non ? poursuivit Mme Glos. Je crains qu'aucune université ne s'intéresse un minimum à vous si vous ne pratiquez aucune activité.

El e sortit un gros classeur d'un tiroir de son bureau et se mit à feuil eter des pages entières de prospectus imprimés sur du papier couleur.

Voici quelque chose qui commence ce week-end : «Fleurs FengShui, l'art de la conception j florale ». El e posa les yeux sur Serena qui se renfrogna, l'air sceptique.

Non, vous avez raison. Ça ne risque pas de vous foire rentrer à

Harvard, n'est-ce pas ? reconnut Mme Glos en laissant échapper un petit rire. El e remonta les manches de son chemisier et feuil eta rapidement les pages du classeur en fronçant les sourcils.

El e n'abandonnerait pas au bout d'une seule tentative. El e faisait très bien son boulot.

Serena se rongea l'ongle du pouce. El e n'avait pas réfléchi à cela : pour rentrer à l'université, elle devrait se surpasser. Et elle désirait plus que tout entrer à la fac. Dans une bonne fac. Ses parents espéraient même qu'elle entre dans l'une des meil eures. Non pas qu'ils lui mettaient la pression - mais cela tombait sous le sens. Et plus Serena y réfléchissait, plus elle s'apercevait que rien ne jouait en sa faveur. El e s'était fait virer du pensionnat, ses notes avaient dégringolé, elle n'avait aucune idée de ce qui se passait dans aucun de ses cours et n'avait aucun hobby ou activités extrascolaires cool. Les notes qu'elle avait obtenues à ses examens d'entrée à l'université ne cassaient pas des briques parce que son esprit vagabondait sans cesse pendant ces tests débiles qui consistaient à cocher des cases. Et lorsqu'elle les repasserait, ça serait encore pire. En gros, elle était hyper mal barrée.

— Et le théâtre ? Vous avez de bonnes notes en anglais, vous devez aimer le théâtre, suggéra Mme Glos. Ils répètent cette pièce depuis à peine une semaine. Le Club de Théâtre de l'Interschool joue une version moderne d'Autant en emporte le vent. (El e leva de nouveau les yeux.) Qu'en ditesvous ?

Serena secoua légèrement son pied et mâchouil a son petit doigt. El e tenta de s'imaginer seule sur scène dans la peau de Scarlett O’hara. El e devrait pleurer sur commande, faire semblant de s'évanouir» et porter d'immenses robes avec des corsets et des jupons avec des cerceaux. Voire une perruque.

Je n’aurai plus jamais faim ! annoncerait-elle d'un

ton dramatique, de sa plus belle voix de beauté sudiste. Ça pourrait être vachement sympa.

Serena prit le prospectus des mains de Mme Glos, veil ant bien à ne pas toucher le papier à l'endroit où celle-ci l'avait touché.

— Bien sûr, pourquoi pas ? dit-elle. Ça m'a l'air sympa.

Quand Serena sortit du bureau de Mme Glos, le dernier cours de la journée touchait à sa fin. La répétition d'Autant en emporte le vent se déroulait à l'auditorium mais ne commençait pas avant dix-huit heures afin que les élèves qui faisaient du sport juste après les cours puissent aussi jouer dans la pièce. Serena gravit l'imposant escalier central de Constance jusqu'au quatrième étage pour aller chercher son manteau dans son casier, et voir si personne ne voulait traîner avec elle jusqu'à six heures. Autour d'elle, les fil es couraient dans tous les sens, dans un brouhaha confus d'énergie de fin de journée, s'empressant de se rendre à leur réunion, entraînement, répétition ou dub. Par pure habitude, el es s'arrêtèrent une demi-seconde pour dire bonjour à Serena car, aussi loin qu'elles s'en souvenaient, ça se faisait d'être vue en train de parier à Serena van der Woodsen.

— Salut, Serena ! fit Laura Salmon d'une voix perçante avant de dévaler l'escalier quatre à quatre pour rejoindre la chorale dans la salle de musique an rez-de-chaussée.

— À plus, Serena ! lança Rain Hoffstetter en se faufilant devant elle en short de gym, direction l'entrainement de foot.

— À demain, Serena, dit Lily Reed d'un ton doux

en rougissant car elle avait mis sa culotte de cheval et cela avait le don de la gêner.

— Bye, dit Carmen Fortier, mâchouil ant du chewing-gum, en jean et veste de cuir.

El e était l’une des rares élèves boursières de première et habitait dans le Bronx. El e prétendait qu'elle ne pouvait pas porter son uniforme pour rentrer chez elle au risque de se faire tabasser. Carmen se rendait au Club de l'Art de la Création Florale bien qu'elle mentît toujours à ses copains de quartier, racontant qu'elle s'était inscrite au cours de karaté.

D'un seul coup, le hall se vida. Serena ouvrit son casier, décrocha son Burberry et l'enfila. Puis elle le referma bruyamment, descendit l'escalier quatre à quatre, sortit de l'école et tourna à gauche sur la 93e Rue, direction Central Park.

El e avait une boîte de Tic Tac orange dans sa poche ; il n'en restait qu'un seul Serena le prit, le déposa sur sa langue mais elle s'inquiétait tellement de son avenir qu'elle l'apprécia à peine.

El e traversa la 5e Avenue et arpenta le trottoir qui longeait le parc Des feuil es recouvraient la chaussée. En bas de la rue, deux petites fil es du Sacré-Cœur dans leurs mignonnes petites robes chasubles à carreaux rouges et blancs promenaient un énorme rottweiler noir. Serena envisagea d'entrer dans le parc par la 89e Rue et de s'asseoir un instant pour tuer le temps avant la répétition. Mais seule ? Que ferait-elle ? Mater les gens ? El e avait toujours été celle que l'on matait. El e décida donc de rentrer chez elle. Chez elle, au 994, 5e Avenue. C'était un immeuble luxueux et cossu, situé à côté de l'Hôtel Stanhope et

juste en face de la rue du Metropolitan Muséum of Art. Les van der Woodsen étaient propriétaires de la moitié du dernier étage. Leur appartement comportait quatorze pièces, dont cinq chambres avec salle de bains privée, un appartement pour la bonne, un séjour de la tail e d'une salle de bal et deux salons hyper cool avec des petits bars à eau et d'immenses meubles audio-vidéo.

Lorsque Serena rentra chez elle, son gigantesque appartement était vide. Ses parents étaient rarement là. Son père dirigeait la compagnie de navigation hollandaise que son arrière-arrière-grand-père avait fondée en 1700. Ses parents faisaient tous les deux partie des plus grandes œuvres de charité et associations artistiques de la vil e et devaient constamment assister à des réunions, des déjeuners ou des soirées de charité. Deidre, la bonne, était sortie faire des courses mais l'appartement était impeccable et des vases de fleurs fraîchement coupées trônaient dans toutes les pièces, y compris les salles de bains.

Serena ouvrit doucement la porte du plus petit des salons et s'affala sur son fauteuil en velours bleu préféré. El e attrapa la télécommande et appuya sur des touches pour ouvrir le meuble-télé puis alluma l'écran plat Elle zappa, impatiente, incapable de se concentrer sur ce qu'elle voyait jusqu'à ce qu'elle finît par se décider pour la chaîne TRL même si, à son sens, Carson Daiy1

était l'homme le plus chiant de la Terre. El e n'avait pas beaucoup regardé la télé ces derniers temps. Au pensionnat, ses camarades de

1. Animateur vedette de MTV TRL, Carson Daly présente depuis 2002 le talkshow Last Call with Carson Dafy: (N.AT.) Dortoir se préparaient du pop-corn et du chocolat chaud et se plantaient devant Saturday Night Live& ou Jackass² en pyjama. Mais Serena préférait s’esquiver en douce pour boire du schnaps à la pêche et fumer le cigare avec les garçons dans la chapelle au rez-de-chaussée.

Or, ce qui l’embêtait le pus en ce moment même, ce n’était pas Carson Daly ni même le fait d’être seule chez elle sans rien avoir à faire, mais l’idée qu’elle pût passer le reste de sa vie à faire ce genre de choses — regarder la télé toute seule dans l’appartement de ses parents — si elle ne se ressaisissait pas pour entrer à l’université. Pourquoi était-el e aussi nulle ?

Tous les autres avait su se démerder, visiblement. Avait-elle loupé le discours capital : « il est temps de vous démerder ? » Pourquoi personne ne l’avait mis en garde ?

Bien, ça ne servait à rien de flipper. El e avait encore le temps. Et elle pourrait toujours s’éclater. El e n’était pas obligée de devenir une nonne uniquement parce qu’elle s’inscrirait au Club de Théâtre de l’Interschool ou quoi que ce soit.

Serena éteignit la télé et alla flâner dans la cuisine. La cuisine des van der Woodsen était gigantesque.

1. Emission de divertissement phare de la chaîne NBC, « institution »

depuis 1975, récompensée par dix-huit Emmy awards et ayant lancé de nombreux artiste (N.D.T)

2. Émission « loufoque » de MTV, considérée par certains comme la plus trash de la T.V. américaine, où John Knoxvil e et ses compères enchaînent des gags de potache.

Des meubles en verre recouvraient les mus au-dessus de plans de travail en chrome, impeccables et étincelants. Il y avait deux fours et trois réfrigérateurs Sub-Zero. Une énorme table de boucher trônât au milieu de la cuisine, sur laquelle s’entassait le courrier de la journée.

Serena prit le courrier et le parcourit rapidement. C’étaient essentiellement des invitations pour ses parents — des enveloppes carrées blanches ornées d’une typographie démodée — à des bals, des dîners de charité, des soirées de charité et des ventes aux enchères. Puis des invitations à des vernissages — des cartes postales avec la photo de l’œuvre de l’artiste au recto et les informations sur le vernissage au verso. L’un de ces cartons attira le regard de Serena. Il avait visiblement traîné

dans la pile de courrier pendant un moment car il était tout chiffonné et le vernissage en question commençait à seize heures, ce mercredi, ce qui était… e n ce moment même. Serena retourna rapidement l’invitation et regarda l’œuvre de l’artiste. C’était la photo d’un œil en gros plan en noir et blanc, avec une touche de rose. L’œuvre était intitulée Kate Moss. Et le nom de l’exposition : « En coulisse. » Serena regarda très attentivement la photo. El e avait quelque chose d’innocent et de sublime, tout en étant quelque peu vulgaire. Peut-être n’était-ce pas un œil ? El e ne savait pas très bien ce dont il s’agissait. En tout cas, c’était vraiment cool. Pas de doute, Serena savait comment tuer les deux heures venir.

El e fila dans sa chambre, ôta son uniforme marron à la va-vite et enfila son pantalon préféré en cuir noir. Puis elle attrapa son manteau et appela l’ascenseur.

quelques minutes plus tard, elle descendait d'un taxi devant la Whitehot Gallery, dans le centre de Chelica,

Dès qu'elle entra, Serena prit un martini-gin et signa la liste des invités. La galerie était bondée, bourrée de jeunes branchés d'une vingtaine d'année, habil és cool, sirotant des martinis et admirant Ici photos accrochées aux murs. Chaque cliché était similaire à celui qui figurait sur le carton d'invitation : un œil en gros plan, en noir et blanc, dans des formes, des tail es et des nuances différentes. Chacun portait une étiquette avec le nom d'une célébrité : Kate Moss, Kate Hudson, Joaquin Phoenix, Jude Law, Gisele Bundchen, Cher, Eminem, Christina Aguilera, Madonna, Elton John. Des haut-parleurs invisibles crachaient de la pop music française. Les artistes-photographes en personne, les frères Remi, vrais jumeaux d'un mannequin français et d'un duc anglais, étaient interviewé» et photographiés pour Art Forum, Vogue, W, Harperi Bazaar et le New York Times. Serena étudia attentivement chaque photo. Ce n'étaient pas des yeux, décida-t-elle, maintenant qu'elle les voyait en grand format. Mais qu'était-ce donc ? Des nombrils ?

D'un seul coup, Serena sentit un bras autour de la tail e.

— Bonjour, ma chérie1. Jolie fil e. Comment t'appelles-tu ?

C'était l'un des frères Remi. Il avait vingt-six ans et mesurait un mètre soixante-quinze, la même tail e

1. En français dans le texte. (N.d.1',)

que Serena, Il avait des cheveux noir bouclés et des yeux bleus bril ants. Il parlait avec un accent français et britannique. Il était vêtu de bleu marine de la tête aux pieds et ses lèvres carmin étaient retroussées aux coins, comme la bouche d'un renard. Il était d'une beauté renversante, son frère jumeau aussi.

Sacrée veinarde, Serena !

Serena n'opposa aucune résistance lorsqu'il lui demanda de poser avec son frère et lui pour la photo du supplément du dimanche du New York Times. L'un se mit derrière Serena et l'embrassa dans le cou tandis que l'autre s'agenouil a devant elle et étreignit ses genoux. Autour d'eux, les invités les regardaient d'un air envieux, impatients d'apercevoir la nouvelle fil e en vogue.

Tout le monde à New York désirait être célèbre. Ou, tout au moins, voir quelqu'un qui l'était pour pouvoir s'en vanter par la suite.

Le journaliste « people » du New York Times reconnut Serena pour l'avoir croisée dans des soirées un an plus tôt mais il préférait s'assurer que c'était bien elle.

— Serena van der Woodsen, n'est-ce pas ? fit-il en levant les yeux de son bloc-notes.

Serena rougit et hocha la tête. El e avait l'habitude qu'on la reconnaisse.

— Tu dois poser pour nous ! souffla l'un des frères Remi en baisant la main de Serena.

— Sans faute, acquiesça son jumeau en lui fourrant une olive dans la bouche.

Serena rit

— Bien sûr, dit-elle. Pourquoi pas ?

Bien qu'elle n eût aucune idée de ce dans quoi elle s'embarquait. L'un des frères Remi lui montra du doigt la porte portant l'inscription «

Privé » à l'autre bout de la galerie.

— On te retrouve là-bas, dit-il. Ne t'inquiète pas. On est gays tous les deux.

Serena gloussa et but une bonne gorgée de son martini. Plaisantaientils ?

L'autre frère lui tapota les fesses.

— Tout va bien, ma chérie. Tu es absolument divine et tu n'as aucun souci à te faire. Vas-y. On arrive dans une minute.

Serena hésita mais seulement l'espace d'une seconde. El e pourrait suivre le chemin de stars comme Christina Aguilera et Joaquin Phoenix. Pas de problème. La tête haute, elle se dirigea vers la porte où était inscrit « Privé ». Juste alors, un type de la Public Arts League et une femme de la Transit Authority de New York vinrent présenter aux frères Remi un nouveau programme avant-gardiste d'art public. Ils avaient l'intention d'afficher une photo des frères Rémi sur les bus, dans le métro et sur les petites boîtes publicitaires sur les toits des taxis dans toute la vil e.

— Oui, bien sûr, acceptèrent les artistes. Si vous attendez un peu, nous aurons une toute nouvelle photo. En exclusivité, rien que pour vous !

— Comment s'appelle-t-elle ? demanda la femme de la Transit Authority, impatiente.

— Serena, répondirent les frères Remi à l’unisson.

quand la conscience sociale s’amalgame à la dévotion

— J’ai trouvé un imprimeur qui s’occupera des invitations d'ici demain après-midi et nous les livrera avant vendredi matin, annonça Isabel, contente d'elle-même et de son efficacité.

— Mais imagine combien ça va nom coûter ! Si on fait appel a lui, on devra se serrer la ceinture sur d’autres choses. Tu sais combien

'Takashimaya nous prendre pour les fleurs ?

Apres leurs activités extrascolaires du mercredi, les fil es du comité

d’organisation de baiser sur lèvres s’étaient réunies devant des frites et du chocolat chaud dam une petite alcôve du 3 Guys Coffee Shop, Olivia, Isabel Kati et Tina Ford, de Seaton Arms School s’attelaient aux préparatifs de dernière minute de la vitrée.

La crise du jour portait sur le fait que la soirée avait lieu dans neuf jours seulement et que personne n'avait encore reçu d'invitation, Voilà des semaines que les invitations avaient été commandées rnais, en raison d'une petite embrouil e, le lieu de la soirée avait été modifié. El e ne se tiendrait plus au Park – un nouveau lieu branché du Lower Chelsea,

Mais dans l’ancien magasin Barneys, à l’angle de la 17e rue et de la 70e avenue : de fait, les invitations ne servaient plus à rien. Les fil es étaient dans le pétrin. El es devraient faire de nouvelles invitations, et vite, sinon il n’y aurait plus de soirée du tout.

— Mais Takashimaya est le seul endroit où on peut acheter des fleurs. Et ça ne coute vraiment pas cher. Oh, allez Olivia, dis-toi que les fleurs seront super cool ! pleurnicha Tina.

— Si, ça va couter chez, insista Olivia. Et il y a plein d’autres fleuristes.

— Et si on demandait aux gens de l’association pour les faucons Pèlerins de s’y coller ? suggéra Isabel. (El e prit une frite, la trempa dans le ketchup et la fourra dans sa bouche.) Ils n’ont pratiquement rien foutu. Oliva leva les yeux au ciel et souffla sur son chocolat chaud.

— C’est tout le problème. Nous réunissons de l’argent pour eux. C’est une grande cause.

Kati enroula un cheveu blond frisé autour de son doigt.

— Qu’est-ce qu’un faucon pèlerin, au fait ? C’est comme un

pic-vert ? s’enquit-elle.

— Non, je crois qu’ils sont plus gros, dit Tina. Et ils mangent d’autres animaux, tu sais. Genre les lapins, les souris, tout ça quoi !

— C’est dégueulasse ! s’exclama Kati.

— J’ai lu une définition de ce que c’était l’autre jour, fit Isabel d’un ton songeur. Je ne e rappelle pas où je l’ai vue.

Sur Gossipgirl.net, peut-être ?

— Ils sont quasiment en voie d'extinction, ajoutai Olivia.

El e consulta rapidement la liste des invités à la soirée : trois cent seize personnes au total. Que des jeunes - pas de parents, Dieu merci !

Le regard d'Olivia fut automatiquement attiré par un nom vers la fin de la liste. Serena van der Woodsen. L'adresse était celle de sa chambre à

l'Hanover Academy dans le New Hampshire. Olivia reposa la liste sur la table sans même prendre la peine de la corriger.

Nous devrons dépenser plus d'argent que prévu pour l'imprimeur

et faire des économies là où on pourra, dit-elle rapidement; Je peux demander à Takashimaya de mettre des lis à la place des orchidées et de laisser tomber l'idée des plumes de paon sur les bords des vases.

Je peux m'occuper des invitations, fit une petite voix claire derrière elles. Gratuitement.

Les quatre fil es se retournèrent pour voir qui c'était

Oh, regardez, c'est ce petit Génie, songea Olivia. L'élève de troisième qui a fait la calligraphie de nos livres de cantiques.

Je peux toutes les faire à la main ce soir et les mettre au courrier. Le matériau sera la seule dépense mais je sais où trouver du papier de bonne qualité et pour pas cher, ajouta Jenny Humphrey.

El e a fait tous nos livres de cantiques à l'école, murmura Kati à

Tina. Ils sont vachement beaux.

— Ouais, acquiesça Isabel. Ils sont super cool.

Jenny rougit et fixa le sol de linoléum bril ant du café, attendant la décision d'Olivia. El e savait que c'était d'Olivia que tout dépendait.

-— Et tu ferais tout ça gratuitement? Demanda Olivia, suspicieuse. Jenny leva les yeux.

-— J'espérais un peu que si je faisais les invites, je pourrais peut-être venir à la soirée ? dit-elle.

Dans sa tête, Olivia pesa les pour et les contres.

Pour : les invitations seraient uniques et, surtout gratuites, comme ça elles n'auraient pas à lésiner sur les fleurs. Contre : il n'y en avait pas vraiment.

Olivia dévisagea le petit Génie de la tête aux pieds. Leur mignonne petite sauveuse de troisième à l'énorme poitrine. El e cherchait des complications et ne serait absolument pas à sa place à cette soirée mais qu'est-ce que ça pouvait faire ?

— Bien sûr, tu peux te faire une invitation, Olivia. Fais-en une aussi pour l'un de tes amis, ajouta-t-elle en tendant la liste des invités à Jenny. Quelle générosité !

Olivia lui fournit toutes les informations nécessaires et Jenny sortit du café

à toute allure, à bout souffle. Les magasins n'allaient pas tarder à fermer elle n'avait pas beaucoup de temps. La liste des invités était plus longue qu'elle ne l'avait cru et elle devrait veil er toute la nuit pour boucler les invitations. Mais elle irait à cette soirée ; c'était tout ce qui comptait.

Attendez qu'elle en parle à Dan. Ça lui en boucherait un coin ! Et il l'accompagnerait à cette fête, qu’il le veuil e ou non.

autant en emporte le vent…

à vau-l'eau

Deux martinis et trois rouleaux de pellicule plus tard, Serena sauta d'un taxi devant Constance et grimpa quatre à quatre l'escalier de l'établissement, direction l'auditorium où la répétition de la pièce de Flnterschool avait déjà

commencé. Comme d'habitude, elle avait une demi-heure de retard. Le morceau des Talking Heads, joué lestement au piano, résonnait dans le couloir. Serena ouvrit la porte de l'auditorium à la volée et retrouva son vieil ami Ralph Bottoms III en train de chanter Burning Dowri the South sur l'air de Burning Down the House, sérieux comme un pape. Il était habil é en Rhett Butler avec une fausse moustache et des boutons de cuivre. Ralph avait pris du poids en deux ans et son visage était rougeaud comme s'il avait trop consommé de steak saignant. Il tenait la main d'une fil e trapue aux cheveux châtain bouclés et au visage en forme de cœur - Scarlett O’hara. El e chantait elle aussi, entonnant les paroles à tue-tête, avec un accent de Brooklyn très prononcé.

Serena s'appuya au mur pour les regarder, dans un mélange d'horreur et de fascination. Si la scène

de la galerie d'art ne l'avait pas du tout déconcerta ce... spectacle... la... faisait méchamment flipper.

Lorsque la chanson fut terminée, les autres élève du Club de Théâtre de l’Interschool applaudirent à tout rompre et les acclamèrent, puis le professeur 4 théâtre, une Anglaise d'âge mûr, leur donna des instructions pour la scène suivante.

— Mets tes mains sur les hanches, Scarlette ! lui ordonna-t-elle. Montremoi, montre-moi! Bien. Comme ça ! Imagine que tu es l'adolescente qui & fureur pendant la guerre de Sécession des états sudistes. Tu brises toutes les règles !

Serena regarda par la fenêtre et aperçut trois fil es descendre d'un taxi au coin de la 93e et de Madison El e plissa les yeux et reconnut Olivia, Kati et Isabel Serena se ressaisit, chassant la sensation étrange qui la poursuivait depuis son retour en vil e. Pour la toute première fois de sa vie, elle se sentait exclue.

Sans dire un mot à personne - ni bonjour ni bonsoir -, Serena s'esquiva discrètement de l'auditorium et sortit dans le couloir. Le mur était recouvert de prospectus et d'annonces ; elle s'arrêta pour te lire. L'un d'entre eux concernait l'audition pour le film de Vanessa Abrams.

Connaissant Vanessa, le film risquait d'être extrêmement sérieux et hermétique mais c'était mieux que de hurler des chansons niaises en faisant la ronde avec ce gros rougeaud de Ralph Bottoms III. L’audition de Vanessa avait commencé depuis une heure sur un banc de Madison Square Park, mais peut-être n'était-el e pas encore terminée. Une fois de plus, Serena sauta dans un taxi, direction le centre-vil e.

— Voila ce que j'attends de toi, disait Vanessa à Marjorie Jaffe, une élève de seconde de Constance.

El e était la seule à s'être présentée à l'audition pour le rôle de Natasha dans le film de Vanessa. Marjorie avait des cheveux roux frisés et des taches

& rousseur, un petit nez retroussé et pas de cou. El e mâchait incessamment du chewing-gum et ne convenait pas du tout au rôle. Un cauchemar. Le soleil se couchait et une jolie lueur rose scintil ait sur Madison Square Park. L'odeur caractéristique de New York à l'automne flottait dans l'air, un mélange de fumées de cheminées, de feuil es séchées, de hot dogs fumants, de pisse de chien et de gaz d'échappement des bus.

Daniel était allongé sur le dos sur le banc du parc comme Vanessa le lui avait demandé, dans le rôle d'un soldat blessé, les jambes tragiquement écartées. Blessé en amour et à la guerre, il était tout décoiffé et d'une pâleur et d'une maigreur à faire peur. Une petite pipe à crack en verre reposait sur sa poitrine. Vanessa avait eu la chance de la trouver dans la rue à

Wil iamsburg ce week-end. Il fallait au moins ça pour réconforter son prince sensuellement blessé.

— Je vais lire les répliques de Natasha. Regarde bien, dit-elle à Marjorie. OK, Dan, on y va !

— T’es-tu endormi ? demanda Vanessa-Natasha à Dan le Prince Andrei en le regardant attentivement

— Non, je te regarde depuis si longtemps. Je savais instinctivement que tu étais là. Il n'y a que toi pour me faire ressentir cette douce sérénité…cette lumière ! Je sens que je vais pleurer de pure joie, récita tranquil ement Dan-le Prince Andrei.

Vanessa s'agenouil a auprès de sa tête, le visage rayonnant d'un délice teinté de solennité.

— Natasha, je t'aime si fort ! Plus que tout au monde ! souffla Daniel, essayant de s'asseoir puis retombant sur le banc, comme s'il souffrait Il a dit qu'il l'aimait ! Vanessa lui prit la main, son visage s'empourprant d'émotion. El e était complètement prise dans l'ardeur du moment. Puis de elle se ressaisit, lui lâcha la main et se releva.

— Maintenant à ton tour, dit-elle à Marjorie.

— 'ccord, fit Marjorie, mâchouil ant son chewing-gum la bouche ouverte. El e ôta l'élastique de ses cheveux roux et rêche et les fit bouffer. Enfin elle s'agenouil a à côté de Dan et prit le script.

— Prêt ? lui demanda-t-elle.

Daniel hocha la tête.

— T'es-tu endormi ? fit Marjorie en bâtant des cils en flirtant et en faisant claquer son chewing-gum.

Dan ferma les yeux et récita son texte. Il pourrait s'en sortir et aller jusqu'au bout tant qu’il n’ouvrait pas les yeux.

En plein milieu de la scène, Marjorie décida de prendre un faux accent russe. C’était incroyable ment mauvais.

Vanessa souffrait en silence, se demandant ce qu'elle ferait sans sa Natasha. L'espace d’un instant, elle s'imagina aller acheter une perruque, jouer elle-même le rôle et prendre quelqu'un pour filmer à sa place. Mais c'était son projet, c’était à el e de tourner.

Juste à ce moment-là, quelqu'un lui donna un petit coup de coude et murmura :

— Ça te dérange si j’essaie quand elle aura terminé?

Vanessa se retourna et se retrouva nez à nez avec Serena van der Woodsen, à bout de souffle pour avoir traversé le parc en courant. Ses joues étaient rouges et ses yeux, aussi obscurs que le ciel crépusculaire. Si quelqu’un devait être sa Natasha, c’était Serena.

Daniel se redressa d’un coup, oubliant ses blessures et sa réplique. La pipe à crack roula par terre.

— Attends, nous n’avons pas terminé, dit Marjorie. (elle poussa doucement le bras de Dan.) Tu es censé me baiser la main !

Dan la fixa, ébahi.

— Bien sûr, £Serena, acquiesça Vanessa. Marjorie, pourrais-tu lui donner ton script ?

Serena et Marjorie changèrent de place. Dan avait à présent les yeux grands ouverts. Il n’osait pas cil er.

Ils se mirent à lire.

— Je te regarde depuis si longtemps, dit Dan, en en pensant chaque mot.

Serena s’agenouil a à côté de lui et lui prit la main. Dan était à deux doigts de tomber dans les pommes ; heureusement qu’il était allongé !

Whaou ! Chochotte !

il avait joué dans une multitude de pièces mais n’avait jusqu’alors jamais ressenti ce que l’on appelait : « alchimie » avec personne. Et le ressentir avec Serena van der Woodsen équivalait à mourir d’un mort exquise. Comme si Serena et lui partageaient le même souffle. Il inhalait et elle exhalait. Il était calme et tranquil ité tandis qu’elle explosait autour de lui comme des feux d’artifice.

Serena aussi s’éclatait. Le script était magnifique et passionné et ce Dan tout débrail é, un sacré bon acteur.

Voilà ce que je pourrais faire, songea-t-elle avec un petit frisson. El e n’avait jamais vraiment réfléchi à ce qu’elle voulait faire dans la vie mais peutêtre que jouer la comédie était son truc. Ils continuèrent à lire au-delà de l’endroit où ils devaient s’arrêter. Comme s’ils avaient oublié qu’ils jouaient. Vanessa fronça les sourcils. Serena était super — ils étaient supers tous les deux — mais voilà que Dan tombait en pamoison. C’était carrément écœurant.

Les garçons sont si prévisibles, songea Vanessa. Puis elle s’éclaircit bruyamment la gorge.

Merci, Serena. Merci, Dan. (El e feignit de griffonner des notes sur son calepin.) Je te donnerai ma réponse demain, d'accord ? dit-elle à

Serena.

Dans tes rêves, écrivit-elle.

C'était top ! s'exclama Serena en souriant à Dan.

Dan la regarda d'un air rêveur depuis son banc, toujours abruti par son apparition.

Marjorie, je te donnerai aussi ma réponse demain. D'accord ? dit Vanessa à la rouquine.

'ccord, fît Marjorie. Merci.

Dan s'assit et cligna des yeux,

Merci infiniment de m’avoir laissée auditionner, déclara Serena d'un ton doux, prête à s’en aller.

À plus, dit Daniel, l'air drogué.

Salut, dit Marjorie, en lui faisant un signe de la main. (Puis el e courut après Serena.)

— Répétons ton monologue, Dan, dit Vanessa d'un ton brusque. Je veux le filmer en premier.

—-Quelle ligne de métro tu prends ? demanda Marjorie à Serena quand elles sortirent du parc.

—Euh..., fit Serena. (El e ne prenait jamais le métro mais ça ne la tuerait pas de voyager avec Marjorie.) La 6, j'imagine.

— Hé, moi aussi ! s'exclama Marjorie d'un ton joyeux. On peut faire le trajet ensemble.

C'était l'heure de pointe et le métro était archibondé. Serena se retrouva coincée entre une femme avec un énorme sac Daffy et un petit garçon en surpoids qui ne trouvait rien de mieux à faire que se raccrocher au manteau de Serena chaque fois que le métro faisait des embardées. Marjorie se tenait aux poignées au-dessus de leur tête mais uniquement du bout des doigts : el e n'arrêtait pas de basculer en arrière et de marcher sur les pieds des gens.

— Tu ne trouves pas que Dan est franchement canon ? demanda Marjorie à Serena. J'ai hâte que l'on commence à tourner ! Je pourrais traînasser avec lui tous les jours !

Serena sourit. Manifestement, Marjorie croyait qu'elle avait décroché

le rôle, ce qui était un peu triste étant donné que Serena était sûre et certaine qu'elle avait le rôle. Pour elle, c'était dans la poche ; elle avait assuré

comme une bête.

Serena s'imagina en train d'apprendre à connaître Dan. El e se demanda quelle école il fréquentait. Il avait un regard noir obsédant et récitait son texte comme s'il y croyait sincèrement. Ça lui plaisait bien. Ils devraient répéter après les cours. Elle se demanda s'il aimait sortir et ce qu'il aimait boire.

Le métro freina brutalement au coin de la 59e Rue et de LexingtonBloomingdale. Serena bascula sur le petit garçon.

Aïe ! s'écria-t-il en lui lançant un regard noir.

— C'est mon arrêt, dit Marjorie en se frayant un chemin jusqu'à la porte. Désolée pour toi si tu n'as pas le rôle. Je te vois demain à l'école.

Bonne chance ! cria Serena.

Le wagon se vida et elle se glissa sur un siège, toujours obsédée par Dan. El e s'imagina en train de boire des irish coffees dans des cafés obscurs et de discuter de littérature russe. Dan devait beaucoup lire. Il pourrait lui prêter des livres et l'aider à peaufiner son jeu. Peut-être pourraient-ils même devenir amis. De nouveaux amis ne seraient pas de trop.

gossipgirl.net

Thèmes : précédent suivant ► envoyer une question répondre Avertissement : tous les noms de lieux, personnes et événements ont été modifiés ou abrégés afin de protéger les innocents. En l'occurrence, moi.

Salut à tous !

J’ai joué dans une pièce de l’Interschool une fois. j'avais un seul mot à dire :

« Iceberg I » Super. Devenez dans quelle pièce je jouais et comment j'étais habil ée ? La centième personne à trouver la bonne réponse gagnera un poster gratuit des frères Remi.

Mais assez parlé de moi.

LES DÉBUTS DE MODÈLE DE S !

Ce week-end, guettez les nouveaux posters cool qui décorent l'extérieur des bus, les couloirs de métros et les toits de taxis. Et disponibles en ligne grâce à votre humble serviteur ! (Je vous le dis, je suis dans te coup !) C'est une grande et belle photo de S - pas son visage mais il y a son nom dessus, comme ça vous saurez que c'est elle. Félicitations à S pour ses débuts de modèle !

ON A VU

O, K et I, toutes chez 3 Guys en train de manger des frites et de boire du chocolat, avec de gros sacs bien remplis du grand magasin Intermix sous la table. Ces

Fil es n’ont pas d’autres endroits où aller ? Et nous autres qui croyions qu’elles étaient sans cesse en train de faire la bringue et de picoler !

Que c’est décevant ! J’ai quand même aperçu O verser discrètement Quelques gouttes de brandy dans son chocolat, cela dit. Gentil e fil e !

On a aussi vu la même nana en perruque se rendre à la clinique de dermato-vénérologie au centre-vil e. Si c’est S, elle a vraiment chopé

une sacrée dose de saloperie.

Oh, et au cas où vous vous demanderiez pourquoi je fréquente les alentours de la clinique, je me fais coupe les cheveux dans un salon très hype, juste en face.

Vos e-mails

Q : Chère Gossip Girl,

T vrémen 1 fil e ? Ta ler du mec ki sfé pa C pour 1 Nana alor ken fait T

q1 vi E journalist pervers 2 5 an ki sfé chié & ka ri 1 dmieu a foutr ka deblaterer sur D gamines com moi. Loser.

Jdwack

R : Très chère (e) Jdwak,

Je suis la fil e la plus fil e que tu aimerais rencontrer. Et je suis presque en âge de voter et presque en âge d’entrer à la fac moi aussi. Comment je sais que tu n’es pas un vieux pervers aigri de cinquante ans, avec des furoncles plein le visage, qui passe son angoisse existentielle intérieure sur d’innocentes jeune fil es comme moi ?

GG

Q : Chère GG,

J’adooooooooooooore tellement ta chronique que je l’ai montrée à mon papa, il l’a vachemen aimée lui aussi ! Il a des potes qui bossent au Paper, au Vil age Voice et dans d’autres magazines. Ne t’étonne pas si ta rubrique devient de plus en plus populaire ! J’espère que ça ne te dérange pas ? Affectueusement et pour toujours !!!

midi to mp3   pdf-to-jpg.org   flash-map-shop.com